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Les Samaritains

Les Samaritains sont les habitants de la Samarie, région située entre la Galilée et la Judée, qui vénèrent le même Dieu que les Juifs mais sur une autre montagne et à partir des seuls livres de Moïse. Au temps de Jésus, les deux groupes se méprisent depuis des siècles, ce qui donne son poids à chaque scène de l'Évangile où un Samaritain apparaît.

À ne pas confondre

La Samaritaine désigne la femme du puits, dans l'évangile de Jean : elle n'est pas nommée dans le texte, et rien n'autorise à l'identifier à une autre femme de l'Évangile. Le bon Samaritain, lui, est un personnage de parabole, une histoire racontée par Jésus : ce n'est pas quelqu'un qui a existé, et ce n'est pas non plus l'homme du puits ni le lépreux guéri. Ne confondez pas la Samarie, région entière, avec la ville de Samarie qui lui a donné son nom. Enfin, les Samaritains ne sont pas des païens : ils croient au Dieu d'Israël, ce qui distingue leur cas de celui des Romains ou des Grecs que croise l'Évangile.

Qui c'est

La Samarie est la région centrale de la Terre sainte, coincée entre la Galilée au nord et la Judée au sud. Ses habitants, les Samaritains, se disent descendants des tribus d'Israël et adorent le Dieu d'Abraham, de Moïse et de Jacob : ce ne sont ni des païens ni des étrangers à la foi d'Israël, et c'est ce qui rend leur cas si particulier.

La rupture remonte très loin. En 722 avant Jésus-Christ, le royaume du Nord, dont la capitale s'appelait Samarie, est écrasé par les Assyriens, une partie de sa population déportée, et des populations venues d'ailleurs installées à sa place. Aux yeux des Juifs du Sud, revenus plus tard de leur propre exil pour reconstruire le Temple de Jérusalem, les gens du Nord étaient devenus un peuple mélangé, à la foi douteuse. Les Samaritains, eux, se voyaient comme les vrais héritiers de Moïse.

Deux différences ont figé la brouille. Les Samaritains ne reconnaissent comme Écriture que les cinq premiers livres de la Bible, ceux de Moïse, et rejettent les prophètes et les psaumes que lisent les Juifs. Surtout, ils offrent leur culte non pas à Jérusalem mais sur le mont Garizim, où ils avaient bâti leur propre sanctuaire, détruit vers 128 avant Jésus-Christ par un souverain juif. Au temps de Jésus, la haine est réciproque et parfaitement banale : un Juif pieux évitait de traverser la Samarie, et « samaritain » servait d'insulte.

Dans les évangiles

L'épisode le plus long est la rencontre au puits de Jacob, près de la ville de Sykar : Jésus, seul et fatigué, demande à boire à une femme samaritaine. Elle s'en étonne, et l'évangile explique la raison en une phrase : « les Juifs, en effet, ne fréquentent pas les Samaritains ». La conversation porte justement sur le point de désaccord : faut-il adorer sur cette montagne-ci ou à Jérusalem ? Jésus répond que l'heure vient d'adorer « en esprit et en vérité », et beaucoup de Samaritains de la ville croient en lui.

Luc rapporte qu'un village samaritain refuse d'accueillir Jésus parce qu'il fait route vers Jérusalem ; Jacques et Jean proposent de faire descendre le feu du ciel, et Jésus les réprimande.

C'est encore chez Luc que Jésus raconte l'histoire d'un homme laissé à demi mort sur la route, qu'un prêtre puis un lévite évitent, et qu'un Samaritain relève et soigne à ses frais. Le sel de la parabole tient entièrement à l'identité du sauveteur : celui qui agit bien est celui qu'on méprise.

De même, sur dix lépreux guéris, un seul revient rendre grâce, et Luc précise qu'il était Samaritain ; Jésus l'appelle « cet étranger ». À l'inverse, en envoyant les Douze, Jésus leur dit d'abord de ne pas entrer dans une ville de Samaritains. Enfin, dans Jean, des adversaires lancent à Jésus : « N'avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain et que tu as un démon ? » — preuve que le mot fonctionnait comme une injure.

Ce que la tradition en retient

Les évangiles ne font des Samaritains ni des modèles ni des réprouvés : ils s'en servent comme d'un cas limite, celui de l'homme que l'on tient à distance et qui se révèle plus proche que les proches. La tradition chrétienne a lu en ce sens la parabole du bon Samaritain, devenue l'image même de la charité envers n'importe quel prochain, et l'expression est passée dans la langue courante.

Les Actes des Apôtres racontent que la Samarie fut l'une des premières régions évangélisées après Jérusalem, ce qui a été compris comme l'accomplissement de la rencontre au puits. La tradition orientale a donné un nom à la Samaritaine, Photine, et l'honore comme sainte ; ce nom ne figure pas dans les évangiles. Un petit groupe de Samaritains subsiste encore aujourd'hui autour du mont Garizim.

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