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de la férie

25ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Ancien Testament

Qohèleth 1, 2-11

« Rien de nouveau sous le soleil »

2 Vanité des vanités ! dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités ! Tout est vanité.

3 Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ?

4 Une génération passe, une génération vient, et la terre subsiste toujours.

5 Le soleil se lève, le soleil se couche, et il se hâte de retourner à sa demeure, d’où il se lève de nouveau.

6 Allant vers le midi, tournant vers le nord, le vent se retourne encore, et reprend les mêmes circuits.

7 Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’est pas remplie ; vers le lieu où ils se dirigent, ils continuent à aller.

8 Toutes choses sont en travail, au-delà de ce qu’on peut dire ; l’œil n’est pas rassasié de voir, et l’oreille ne se lasse pas d’entendre.

9 Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera ; et il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

10 S’il est une chose dont on dise : « Vois, c’est nouveau ! », cette chose a déjà existé dans les siècles qui nous ont précédés.

11 On ne se souvient pas de ce qui est ancien, et ce qui arrivera dans la suite ne laissera pas de souvenir chez ceux qui vivront plus tard.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le livre de Qohèleth s'ouvre ici. Ce recueil de sagesse de l'Ancien Testament, appelé aussi l'Ecclésiaste, commence par un titre (verset 1) qui présente le personnage comme « fils de David, roi à Jérusalem », et notre passage vient juste après. Première page, donc. Rien n'a encore été raconté, et ce que reçoit le lecteur, c'est la devise qui commandera tout le reste.

À partir du chapitre 1, verset 12, s'ouvre une longue enquête à la première personne : le sage examine le savoir, le plaisir, la richesse, le travail, pour voir si l'un d'eux procure un gain durable. Les versets 2 à 11 posent d'avance la conclusion, et la question qui la porte.

En semaine, dans le lectionnaire romain, la première lecture et l'évangile suivent chacun leur propre parcours, sans lien voulu entre eux. Ce passage ouvre simplement une lecture suivie de Qohèleth étalée sur quelques jours.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Qohèleth

C'est le nom, ou plutôt le titre, du sage qui parle dans tout le livre. Le mot hébreu évoque celui qui convoque ou préside une assemblée, d'où la traduction grecque Ecclésiaste. La tradition l'a longtemps identifié au roi Salomon, réputé pour sa sagesse.

Il est la voix qui énonce la devise du livre et demande quel gain l'homme retire de son travail. Le texte le cite à la troisième personne, comme si un éditeur rapportait ses paroles.

« l'homme »

Non pas un individu nommé, mais l'être humain en général, saisi dans sa condition de travailleur et de mortel.

Il est le sujet de la question posée au verset 3, et le point de comparaison du poème sur le soleil, le vent et les fleuves : lui passe, le monde demeure.

les générations

Les suites d'hommes qui se succèdent, thème fréquent dans la Bible hébraïque où la continuité passe par la descendance et la mémoire des ancêtres.

Leur défilé ouvre le poème et donne la mesure du propos : pas une humeur passagère, mais un constat sur la durée des siècles.

Mots à connaître
vanité des vanités

Répéter un mot au pluriel après lui-même, en hébreu, forme un superlatif ; on retrouve le procédé dans « cantique des cantiques » ou « roi des rois ». La formule signifie donc : la plus extrême des vanités.

sous le soleil

Expression qui revient très souvent dans le livre. Elle désigne le domaine terrestre, le champ de ce qu'un homme peut observer et vérifier de son vivant. Qohèleth restreint volontairement son enquête à ce périmètre.

profit

Le mot hébreu vient du vocabulaire commercial : ce qui reste quand les comptes sont soldés, le bénéfice net. D'où la question très concrète du verset 3. Que reste-t-il, au bout du compte, de toute une vie de travail ?

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

vanité

Le mot hébreu est hèvel, qui désigne d'abord la buée ou le souffle : quelque chose de réel mais d'insaisissable et de fugace. « Vanité » est la traduction classique ; des versions récentes préfèrent « buée », « souffle » ou « fumée », qui rendent mieux l'image.

Qohèleth

Le nom hébreu est ici conservé tel quel. D'autres bibles françaises le traduisent par « l'Ecclésiaste », d'après le grec, ou par « le Sage », « celui qui prend la parole dans l'assemblée ».

Ailleurs dans l’Écriture
Qo 12, 8

La même formule revient à la fin du livre et forme avec notre passage un encadrement : tout ce qui est dit entre les deux est tenu sous cette devise. Les versets lus ici ne sont donc pas un coup de découragement isolé, mais la clé de lecture voulue par l'auteur.

Ps 39, 6-7 Ancien Testament

Ce psaume dit de l'homme, même bien installé, qu'il n'est qu'un souffle et qu'il s'agite en vain. Le vocabulaire est très proche de celui de Qohèleth. La différence ? Le psaume s'adresse à Dieu dans la prière, quand Qohèleth observe et raisonne.

Gn 3, 17-19 Ancien Testament

Le récit des origines lie la peine du travail et le retour à la poussière à la rupture entre l'homme et Dieu. Qohèleth décrit la même expérience de l'effort sans terme, mais sans en refaire l'histoire : il la constate telle qu'elle se vit.

Rm 8, 20

Paul écrit que la création a été soumise à la « vanité », en employant le mot grec par lequel la Bible grecque traduisait précisément le terme de Qohèleth. Il ajoute pourtant qu'elle l'a été dans une espérance de libération. Le constat est repris, et ouvert vers une issue que Qohèleth, lui, ne formule pas.

Clés de lecture
Une devise, puis une question

Le verset 2 énonce le jugement d'ensemble, le verset 3 pose la question qui va occuper tout le livre. L'ordre est délibéré : la réponse précède l'enquête, qui servira à la vérifier.

Le poème des cycles

Le soleil, le vent, les fleuves : trois exemples pris à la nature, tous construits sur le même mouvement de retour au point de départ. L'effet cumulé est celui d'une immense machine qui tourne sans produire, et ce mouvement circulaire sert de miroir à la peine humaine décrite au verset 3.

L'oubli comme dernier mot

Le passage s'achève non sur la fatigue mais sur la mémoire : ce qui a été n'est plus retenu, ce qui viendra ne le sera pas davantage. Dans une culture où survivre dans le souvenir des vivants était une forme de permanence, c'est le constat le plus dur du morceau.

Une lucidité, non un désespoir

Qohèleth ne nie ni Dieu ni la valeur de la vie ; il refuse seulement de créditer le travail humain d'un gain qu'il ne procure pas. Plus loin, le livre recommandera de recevoir avec joie le pain, le vin et le travail du jour comme un don.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, on a là un exercice de lucidité, qui démonte l'illusion qu'un homme puisse, par son activité, accumuler un acquis qui lui survive. L'Église a reconnu ce livre comme inspiré sans en atténuer la dureté : la Bible contient aussi la voix de celui qui constate les limites, et cette voix prévient toute religion facile.

La tradition chrétienne y lit une préparation. Le champ que Qohèleth s'est fixé, « sous le soleil », est précisément celui où aucune réponse définitive ne peut être trouvée ; sa question reste ouverte et appelle un au-delà d'elle-même. Le Nouveau Testament reprend son vocabulaire pour dire que la création soumise à la vanité attend une libération. Et l'annonce de la résurrection répond au dernier mot du passage, l'oubli : ce qui est accompli dans le Christ ne s'efface pas. La nouveauté déclarée impossible ici est affirmée ailleurs comme œuvre de Dieu, non de l'homme.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Texte de sagesse : une réflexion tirée de l'observation du monde et de l'expérience, ni récit ni oracle prophétique. Les versets 4 à 7 forment un petit poème sur les cycles de la nature, tandis que les versets 3 et 10 posent des questions à la manière d'un débat.

Lire ce genre de texte suppose d'accepter qu'il interroge sans répondre aussitôt. Qohèleth ne prêche pas. Il décrit ce qu'il voit et laisse le constat faire son travail.

Qui écrit, et pour qui

Le livre se présente comme la parole d'un sage royal de Jérusalem, et la tradition l'a donc attribué à Salomon. La langue employée, un hébreu tardif marqué d'emprunts araméens et perses, oriente aujourd'hui plutôt vers un auteur du IIIe siècle avant Jésus-Christ, dans une Judée sous domination grecque ; l'attribution royale serait alors un procédé littéraire, la fiction d'un roi ayant tout essayé.

Le détail se discute encore. La datation tardive, elle, fait largement consensus. Les destinataires sont vraisemblablement des lettrés juifs confrontés à une culture nouvelle et aux questions qu'elle soulève sur le sens de l'existence.

Lectures et références
  • Qo 2, 24 — La contrepartie positive du constat : recevoir la nourriture et le travail du jour comme un don de Dieu.
  • 2 Co 5, 17 — Paul affirme une création nouvelle en Christ, là où Qohèleth ne voyait rien de nouveau.
  • Ap 21, 5 — La déclaration finale de la Bible sur le renouvellement de toutes choses, répondant à la fermeture du verset 9.
  • Catéchisme, § 1006 — Le Catéchisme situe dans la mort le point où l'énigme de la condition humaine atteint son sommet, ce que ce passage éprouve à sa manière.

À retenir

Qohèleth donne sa conclusion avant de mener l'enquête : rien de ce que l'homme entreprend « sous le soleil » ne lui laisse un gain durable, et cette question sans réponse est le ressort de tout le livre.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 89, 3-4 . 89, 5-6 . 89, 12-13 . 89, 14 . 89, 17

3 Tu réduis les mortels en poussière, et tu dis : « Retournez, fils de l’homme ! »

4 Car mille ans sont, à tes yeux, comme le jour d’hier, quand il passe, et comme une veille de la nuit.

5 Tu les emportes, semblables à un songe ; le matin, comme l’herbe, ils repoussent :

6 le matin, elle fleurit et pousse ; le soir, elle se flétrit et se dessèche.

12 Enseigne-nous à bien compter nos jours. afin que nous acquérions un cœur sage.

13 Reviens, Yahweh ; jusques à quand ? Aie pitié de tes serviteurs.

14 Rassasie-nous le matin de ta bonté, et nous serons tous nos jours dans la joie et l’allégresse.

17 Que la faveur de Yahweh, notre Dieu, soit sur nous ! Affermis pour nous l’ouvrage de nos mains ; oui, affermis l’ouvrage de nos mains !

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

Ce passage a déjà été lu
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Évangile

Luc 9, 7-9

« Jean, je l’ai fait décapiter. Mais qui est cet homme dont j’entends dire de telles choses ? »

7 Cependant Hérode le tétrarque entendit parler de tout ce que faisait Jésus, et il ne savait que penser ;

8 car les uns disaient : « Jean est ressuscité des morts » ; d’autres : « Élie a paru » ; d’autres : « Un des anciens prophètes est ressuscité. »

9 Hérode dit : « Quant à Jean, je l’ai fait décapiter. Quel est donc cet homme, de qui j’entends dire de telles choses ? » Et il cherchait à le voir.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le passage prend place dans la mission de Galilée, première grande étape de la vie publique de Jésus chez Luc. Juste avant, Jésus a envoyé les Douze annoncer le Royaume et guérir (Lc 9, 1-6) ; juste après, ils reviennent lui rendre compte, et c'est la multiplication des pains (Lc 9, 10-17).

Entre ces deux moments, Luc glisse une courte notice qui déplace le regard : au lieu de suivre les envoyés, il montre l'effet produit au loin, jusqu'à la cour du souverain de la région. La renommée de Jésus atteint le pouvoir politique. Et celui-ci s'interroge.

« Qui est cet homme ? » La question n'a rien d'accessoire, puisqu'elle reviendra quelques versets plus loin, quand Jésus demandera lui-même aux disciples ce que les foules disent de lui (Lc 9, 18-20). Le découpage liturgique isole donc une question laissée ouverte, dont la suite du livre donnera la réponse.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Hérode

Il s'agit d'Hérode Antipas, fils d'Hérode le Grand, qui gouvernait la Galilée et une région voisine au nom de Rome comme tétrarque, c'est-à-dire souverain d'un quart du royaume de son père. C'est lui qui avait fait emprisonner Jean le Baptiste (Lc 3, 19-20).

Il entend parler de l'activité de Jésus et se trouve désorienté. Il écarte l'hypothèse d'un retour de Jean, qu'il sait avoir fait exécuter, et cherche à voir Jésus, par curiosité plus que par recherche de la vérité.

Jean le Baptiste

Prophète qui a précédé Jésus, appelant à la conversion et baptisant dans le Jourdain ; Luc raconte sa naissance au début de son évangile et son arrestation par Hérode. Sa mort violente n'est ici évoquée qu'en une phrase.

Il sert de référence aux rumeurs : certains voient en Jésus un Jean revenu d'entre les morts. Sa mention rappelle discrètement le sort que le pouvoir réserve aux prophètes.

Élie

Grand prophète d'Israël, actif environ neuf siècles avant notre ère, enlevé au ciel selon le second livre des Rois. La tradition juive attendait son retour avant le jour du jugement de Dieu.

Une partie de l'opinion avance son nom pour identifier Jésus. Manière de dire que ce qui arrive appartient aux temps annoncés par les prophètes.

« certains », « d'autres »

Groupes anonymes qui colportent des explications sur Jésus : ils représentent l'opinion publique galiléenne, ni hostile ni croyante, simplement en quête d'une catégorie connue.

Ils proposent trois interprétations, toutes empruntées au passé d'Israël. Luc les rapporte sans les valider : ce sont des rumeurs, non la voix du récit.

Mots à connaître
« au pouvoir en Galilée »

Hérode Antipas n'était pas roi mais tétrarque, titre subalterne accordé par Rome à celui qui administrait une portion de territoire. La Galilée, région du nord où Jésus exerce l'essentiel de son ministère, relevait de son autorité, sous contrôle romain.

décapiter

L'exécution par le glaive permettait d'en finir vite avec un prisonnier gênant, sans procès public. Qu'un tétrarque puisse faire mourir un prophète dit assez la fragilité de la parole libre face au pouvoir.

ressuscité d'entre les morts

Une partie du judaïsme de l'époque attendait un relèvement des morts à la fin des temps. On est ici devant une croyance populaire un peu confuse : le retour d'un prophète défunt, et non la résurrection du Christ qu'annoncera plus tard l'Église.

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 6, 14-16 même épisode, autre évangile

Marc raconte la même perplexité, mais il prête à Hérode lui-même la conviction que Jean est ressuscité. Luc met cette opinion dans la bouche de la foule et fait dire à Hérode qu'il a fait exécuter Jean, ce qui laisse sa question entière. Le déplacement est un choix de rédaction : Luc veut maintenir ouverte l'interrogation sur l'identité de Jésus.

Mc 6, 17-29 même épisode, autre évangile

Marc développe longuement le récit de la mort de Jean : le banquet, la danse, la tête réclamée sur un plat. Luc, qui connaît vraisemblablement cette tradition, s'en tient à quelques mots d'allusion. Son évangile concentre l'attention sur Jésus et évite le détour narratif.

Lc 9, 18-20

Quelques versets plus loin, Jésus demande aux disciples ce que les foules disent de lui, et les trois mêmes réponses reviennent : Jean, Élie, un prophète d'autrefois. Pierre répond autre chose. La question d'Hérode fonctionne donc comme une mise en place : le lecteur sait qu'une réponse va venir.

Ml 3, 23 Ancien Testament

Le dernier livre des prophètes annonce l'envoi d'Élie avant le jour du Seigneur. Cette attente explique que le nom d'Élie vienne spontanément aux lèvres des contemporains de Jésus, et qu'ils lisent l'événement à travers les Écritures, même s'ils se trompent d'identification.

Clés de lecture
Une question sans réponse

Le passage tout entier tient dans l'interrogation finale d'Hérode. Luc ne la résout pas. Il laisse le lecteur devant elle, exactement comme les personnages, et ce procédé narratif prépare la confession de Pierre, un peu plus loin dans le même chapitre.

Trois fausses pistes

Les trois explications avancées cherchent toutes à ranger Jésus dans une figure déjà connue du passé d'Israël. Aucune n'est absurde, aucune n'est juste : elles montrent que ce qui arrive déborde les catégories disponibles.

« Il cherchait à le voir »

Cette dernière phrase n'est pas gratuite chez Luc : elle trouve son écho au moment de la Passion, quand Pilate envoie Jésus à Hérode et que celui-ci se réjouit enfin de le voir (Lc 23, 8). La curiosité du tétrarque restera une curiosité, sans conversion.

L'ombre de Jean sur Jésus

En rappelant d'un mot l'exécution du Baptiste, Luc laisse pressentir le destin de Jésus. Le sort du prophète qui a préparé sa venue annonce celui de celui qu'il annonçait.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, la scène décrit l'écho de la mission des Douze jusqu'aux oreilles du pouvoir, et l'embarras d'un souverain qui a fait taire un prophète et se retrouve devant une parole qu'il ne peut plus faire taire. Luc construit une attente : l'identité de Jésus ne se déduit pas des figures du passé, elle se reçoit.

La tradition catholique lit ici la question centrale de tout l'Évangile, « qui est cet homme ? », posée d'abord par un incroyant. Elle distingue deux attitudes : chercher à voir Jésus par curiosité, comme Hérode, ou le reconnaître dans la foi, comme le fera Pierre. Le rappel de la mort de Jean le Baptiste est traditionnellement compris comme une annonce de la Passion : celui qui a précédé le Christ dans sa prédication le précède aussi dans le martyre.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ni miracle ni enseignement : une courte notice de transition, où le narrateur quitte un instant Jésus pour rapporter ce qu'on dit de lui ailleurs. Ce type de passage sert à faire monter une question dans le récit.

D'où la manière de le lire, comme un relais d'opinions rapportées. Les trois identifications proposées sont des rumeurs, et le texte ne les approuve pas.

Qui écrit, et pour qui

La tradition attribue cet évangile à Luc, compagnon de l'apôtre Paul, présenté comme un homme de culture grecque et non juif d'origine. Il écrit vraisemblablement dans les années 80, pour des communautés chrétiennes venues en majorité du monde grec, à qui il faut expliquer les usages et les attentes d'Israël.

Son prologue (Lc 1, 1-4) dit qu'il s'appuie sur des traditions antérieures et qu'il veut offrir un récit ordonné à un destinataire nommé Théophile. Date exacte et lieu de composition restent débattus.

Lectures et références
  • Lc 3, 19-20 — Luc y a rapporté l'emprisonnement de Jean par Hérode, qui explique l'allusion du passage.
  • Lc 23, 8 — Le désir d'Hérode de voir Jésus se réalise au moment de la Passion, sans qu'il en tire rien.
  • Lc 8, 25 — Après la tempête apaisée, les disciples posent déjà la même question sur l'identité de Jésus.
  • 2 R 2, 11 — L'enlèvement d'Élie au ciel fonde l'attente de son retour, évoquée par la rumeur.
  • Catéchisme, § 523 — Le Catéchisme présente Jean le Baptiste comme le précurseur qui prépare la venue du Christ.

À retenir

Une notice brève où la renommée de Jésus atteint le pouvoir politique et fait surgir la question qui commande tout l'évangile de Luc : qui est cet homme ?

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

Eusèbe

Après avoir ceint et revêtu ses disciples, comme les soldats de Dieu, d’une puissance divine et des enseignements de la sagesse le Sauveur les envoie vers les Juifs, comme des docteurs et des médecins, et ils partent pour accomplir cette double mission : « Étant donc partis, ils parcouraient les villages, prêchant l’Évangile et guérissant partout ; » ils annoncent l’Évangile en qualité de docteurs, et comme médecins, ils guérissent les malades, et prouvent par leurs miracles la vérité de leurs paroles.

S. Chrys

(hom. 49 sur S. Matth.) Hérode n’apprit les miracles de Jésus que longtemps après que la renommée s’en était répandue, preuve de l’orgueil de ce tyran, qui s’était peu soucié de les connaître dès l’origine : « Cependant Hérode le tétrarque entendit parler de tout ce que faisait Jésus. »

Théophile

Cet Hérode était fils d’Hérode le Grand, qui fit périr les enfants de Bethléem, le premier était roi, le second était simplement tétrarque. Or, il voulait savoir ce qu’était le Christ : « Et il ne savait que penser. »

S. Chrys

Les pécheurs, en effet, redoutent ce qu’ils connaissent comme ce qu’ils ignorent, ils ont peur de leur ombre. ils soupçonnent partout des embûches, et tremblent au moindre bruit. Telles sont les tristes suites du péché, il dévoile le coupable sans que personne le blâme ou le reprenne, il le condamne sans que personne l’accuse, et il le livre en proie à la crainte et à l’hésitation. L’Évangéliste nous indique les causes de cette crainte : « Et il ne savait que penser, parce que quelques-uns disaient, » etc.

4 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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