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S. Côme et S. Damien, martyrs

25ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Ancien Testament

Qohèleth 11, 9 – 12, 8

« Souviens-toi de ton Créateur, aux jours de ta jeunesse, avant que la poussière retourne à la terre, et le souffle, à Dieu »

9 Jeune homme, réjouis-toi dans ta jeunesse ; que ton cœur te donne de la joie dans les jours de ta jeunesse ! Marche dans les voies de ton cœur, et selon les regards de tes yeux ; mais sache que pour tout cela Dieu te fera venir en jugement.

10 Bannis de ton cœur le chagrin, et éloigne le mal de ta chair ; la jeunesse et l’adolescence sont vanité.

1 Et souviens-toi de ton créateur aux jours de ta jeunesse, avant que viennent les jours mauvais et qu’approchent les années dont tu diras : « Je n’y ai pas de plaisir ; »

2 avant que s’obscurcissent le soleil et la lumière, et la lune et les étoiles, et que les nuages reviennent après la pluie ;

3 au jour où tremblent les gardiens de la maison, où se courbent les hommes forts, où celles qui moulent s’arrêtent parce que leur nombre est diminué, où s’obscurcissent celles qui regardent par les fenêtres,

4 où les deux battants de la porte se ferment sur la rue, tandis que s’affaiblit le bruit de la meule ; où l’on se lève au chant de l’oiseau, où disparaissent toutes les filles du chant ;

5 où l’on redoute les lieux élevés, où l’on a des terreurs dans le chemin, où l’amandier fleurit, où la sauterelle devient pesante, et où la câpre n’a plus d’effet, car l’homme s’en va vers sa maison d’éternité, et les pleureurs parcourent les rues ;

6 avant que se rompe le cordon d’argent, que se brise l’ampoule d’or, que la cruche se casse à la fontaine, que la poulie se brise et roule dans la citerne ;

7 et que la poussière retourne à la terre, selon ce qu’elle était ; et que l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné.

8 Vanité des vanités, dit l’Écclésiaste, tout est vanité.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Ce passage clôt le corps du livre de Qohèleth, appelé aussi l'Ecclésiaste. Onze chapitres durant, un sage passe en revue tout ce que l'existence propose (travail, richesse, plaisir, sagesse) et conclut que rien ne donne de prise durable. Il s'adresse alors une dernière fois à un jeune homme.

Juste avant, en 11, 1-8, il invitait déjà à agir sans attendre de garanties : l'avenir échappe. Ce qui suit, en 12, 9-14, est un épilogue d'une autre main, qui parle de Qohèleth à la troisième personne et recommande de craindre Dieu et d'observer ses commandements. Ce n'est plus la voix du sage.

Le lectionnaire s'arrête précisément là où revient la formule d'ouverture du livre, en 1, 2. Le poème sur la vieillesse et la mort se trouve ainsi encadré par la même sentence, et le livre se referme sur lui-même. En semaine, la première lecture parcourt un livre sur plusieurs jours, sans lien avec l'évangile ; ce texte achève un bref passage à travers les écrits de sagesse.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Qohèleth

Nom hébreu qui signifie à peu près « celui qui parle dans l'assemblée », d'où le titre grec Ecclésiaste. C'est le personnage de sage auquel le livre met ses réflexions dans la bouche, présenté au début comme un roi à Jérusalem.

Il parle ici en maître de sagesse qui s'adresse à un disciple plus jeune, et il signe sa réflexion par la sentence qui ouvrait le livre.

le jeune homme

Destinataire fictif du discours, figure du disciple à qui la littérature de sagesse adresse habituellement ses instructions.

Il reçoit un double conseil, apparemment contradictoire : jouir du temps qui lui est donné, et se souvenir dès maintenant de celui qui le lui donne.

Dieu, le Créateur

Dans ce livre, Dieu est celui dont les desseins restent hors de portée de l'intelligence humaine, et qui donne le temps et la vie.

Il est désigné à la fois comme celui devant qui il faudra rendre compte et comme celui qui a donné le souffle et le reprend.

Mots à connaître
les femmes qui cessent de moudre

Moudre le grain à la meule à main occupait chaque jour les femmes de la maison, dans le bruit. Quand cela s'arrête, la maison s'éteint ; la lecture traditionnelle y voit aussi les dents qui manquent.

l'amandier, la sauterelle, la câpre

L'amandier fleurit en blanc avant de porter ses feuilles : image des cheveux blanchis. La sauterelle qui se traîne évoque la démarche pesante. Quant à la câpre, consommée dans l'Antiquité comme stimulant de l'appétit et du désir, elle n'agit plus.

la maison d'éternité

Expression employée dans le Proche-Orient ancien pour désigner le tombeau. Elle ne dit rien d'une vie après la mort : elle nomme la demeure définitive du corps.

les pleureurs

Professionnels du deuil, engagés pour accompagner les funérailles de lamentations et de cris. Les voir au coin de la rue signifie que l'enterrement est imminent.

la cruche, la poulie, le puits

On puisait l'eau à une source ou à un puits, avec une cruche de terre suspendue à une corde sur une poulie. Cruche brisée, poulie fendue : l'eau devient inaccessible. Image d'un mécanisme vital définitivement hors d'usage.

le souffle de vie

L'hébreu emploie un mot qui désigne à la fois le vent, la respiration et le principe de vie. Dire qu'il retourne à Dieu, c'est affirmer qu'il ne venait pas de l'homme, sans pour autant décrire un sort individuel après la mort.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« vanité »

L'hébreu hèvèl désigne une buée, un souffle qui se dissipe. Le mot français « vanité » fait penser à l'orgueil, alors qu'il s'agit d'inconsistance : plusieurs bibles récentes traduisent par « buée », « fumée » ou « vent ».

« Qohèleth »

Ce n'est pas un nom propre ordinaire mais un titre, formé sur le mot hébreu désignant l'assemblée. Certaines traductions le rendent par « l'Ecclésiaste », d'autres par « le Sage » ou « le Prédicateur ».

Ailleurs dans l’Écriture
Gn 2, 7 Ancien Testament

Le récit de la création décrit l'homme façonné avec la poussière du sol, Dieu lui insufflant un souffle de vie. La fin du poème de Qohèleth reprend exactement ces deux éléments, mais en sens inverse : la poussière redescend, le souffle remonte. La mort devient le démontage de ce que la création avait assemblé.

Gn 3, 19 Ancien Testament

La sentence adressée à l'homme après la faute annonce son retour à la poussière dont il a été tiré. Qohèleth n'en fait pas un châtiment, seulement un constat sur la condition de tout vivant : un même langage peut servir deux propos différents.

Ps 104, 29-30 Ancien Testament

Ce psaume décrit les vivants qui expirent et retournent à la poussière quand Dieu retire son souffle, et la terre renouvelée quand il l'envoie. La même image y prend une tonalité d'émerveillement, là où Qohèleth la laisse volontairement sans consolation.

Qo 1, 2

La sentence qui clôt ce passage est mot pour mot celle qui ouvre le livre. Cet encadrement indique que tout ce qui a été dit entre les deux doit être relu à sa lumière, et que le poème sur la vieillesse n'est pas un ajout mais l'aboutissement de la démonstration.

Clés de lecture
Jouir et rendre compte

L'ouverture encourage le jeune homme à suivre son cœur et son regard, puis mentionne aussitôt un jugement. Les deux phrases ne s'annulent pas : la joie est un don à recevoir, mais elle s'exerce devant quelqu'un. Certains lecteurs entendent la seconde comme un correctif ajouté plus tard ; le texte reçu la tient pour partie intégrante de l'instruction.

« Avant que », trois fois

Une même charnière revient et porte tout le poème, suspendant la description à ce qui doit être fait maintenant : se souvenir. Pas un exercice de mémoire. Une manière de vivre, orientée vers celui qui donne le temps.

Une allégorie de la vieillesse

La maison qui se délabre, la lumière qui décline : la lecture la plus ancienne et la plus répandue y voit le corps qui vieillit, membre par membre et sens par sens. D'autres y lisent un domaine en deuil, ou l'approche d'un orage. Ces lectures ne s'excluent pas, et le texte semble jouer sur plusieurs plans à la fois.

Le mot qui revient

La sentence finale reprend celle du début du livre et referme l'ensemble. Elle ne conclut pas que rien ne vaut la peine, mais que rien de ce qui passe ne peut être saisi ni retenu, ce qui est précisément la raison pour laquelle le sage renvoie au Créateur.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, ce texte ne promet rien au-delà de la mort. Le corps retourne à la terre, le souffle revient à Dieu : de ce constat naît une urgence, celle de ne pas attendre l'usure pour se tourner vers son Créateur. L'Église a retenu ce livre dans son canon sans en adoucir la rudesse, car la foi n'exige pas de nier la fragilité de l'existence, et une espérance qui ne regarderait pas la mort en face ne serait pas solide.

La tradition chrétienne relit ensuite ce passage à la lumière de la résurrection du Christ. Le souffle rendu à Dieu, que Qohèleth laisse sans destin précis, reçoit dans le Nouveau Testament un nom et une promesse ; la question posée ici reste entière, mais elle appelle une réponse que ce livre n'a pas encore. Le lien entre la jeunesse, le jugement et la mémoire du Créateur nourrit aussi une vieille lecture morale : l'existence est un temps donné dont il sera rendu compte, et le moment de s'y disposer est celui où l'on dispose encore de ses forces.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ni récit ni prophétie. C'est un texte de sagesse, une réflexion sur l'expérience humaine ordinaire. La première partie du passage instruit un disciple ; la seconde déploie un long poème allégorique, où chaque image renvoie à autre chose qu'elle-même.

Lire ce poème comme la description littérale d'un village ou d'une maison mènerait à l'absurde : il faut y entendre une évocation voilée de la dégradation du corps et de l'approche de la mort. Le genre autorise aussi la provocation, et une sentence brutale y vaut argument.

Qui écrit, et pour qui

Le livre se présente comme la parole d'un « fils de David, roi à Jérusalem », d'où son attribution à Salomon, figure du roi sage. Mais la langue, un hébreu tardif marqué d'emprunts araméens et perses, conduit aujourd'hui la plupart des spécialistes à situer la rédaction bien plus tard, vers le IIIᵉ siècle avant Jésus-Christ, en Judée, quand la culture grecque était partout présente.

Le procédé est courant dans la littérature de sagesse : on place son enseignement sous le patronage d'une grande figure du passé. Le destinataire visé ? Un lecteur cultivé, capable de suivre une réflexion exigeante et de supporter qu'elle ne se termine pas par une réponse rassurante.

Lectures et références
  • Ps 90, 12 — Prière pour apprendre à compter ses jours, qui exprime la même conscience du temps mesuré.
  • Qo 12, 13-14 — L'épilogue qui suit immédiatement ce passage indique comment un éditeur ancien a voulu qu'on lise le livre.
  • Lc 12, 19-20 — La parabole de l'homme riche qui accumule et meurt la nuit même prolonge cette réflexion sur ce qu'on ne peut retenir.
  • Catéchisme, § 1007 — Sur la mort comme terme de la vie terrestre et sur l'urgence qu'elle donne au temps présent.

À retenir

Le livre se referme sur une allégorie de la vieillesse et de la mort. Non pour désespérer le jeune homme, mais pour lui faire comprendre que rien de ce qui passe ne se retient et qu'il faut se tourner dès maintenant vers celui qui donne le souffle.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 89, 3-4 . 89, 5-6 . 89, 12-13 . 89, 14 . 89, 17

3 Tu réduis les mortels en poussière, et tu dis : « Retournez, fils de l’homme ! »

4 Car mille ans sont, à tes yeux, comme le jour d’hier, quand il passe, et comme une veille de la nuit.

5 Tu les emportes, semblables à un songe ; le matin, comme l’herbe, ils repoussent :

6 le matin, elle fleurit et pousse ; le soir, elle se flétrit et se dessèche.

12 Enseigne-nous à bien compter nos jours. afin que nous acquérions un cœur sage.

13 Reviens, Yahweh ; jusques à quand ? Aie pitié de tes serviteurs.

14 Rassasie-nous le matin de ta bonté, et nous serons tous nos jours dans la joie et l’allégresse.

17 Que la faveur de Yahweh, notre Dieu, soit sur nous ! Affermis pour nous l’ouvrage de nos mains ; oui, affermis l’ouvrage de nos mains !

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

Ce passage a déjà été lu
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Évangile

Luc 9, 43-45

« Le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. Les disciples avaient peur de l’interroger sur cette parole »

43 Et tous furent frappés de la grandeur de Dieu. Tandis que chacun était dans l’admiration de ce que faisait Jésus, il dit à ses disciples :

44 « Vous, écoutez bien ceci. Le Fils de l’homme doit être livré entre les mains des hommes. »

45 Mais ils ne comprenaient pas cette parole ; elle était voilée pour eux, de sorte qu’ils n’en avaient pas l’intelligence, et ils craignaient de l’interroger à ce sujet.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Nous sommes en Galilée. Le récit de Luc vient de franchir deux étapes décisives : Pierre reconnaît en Jésus le Messie, puis trois disciples le voient transfiguré sur la montagne. À la descente, Jésus a délivré un enfant d'un esprit mauvais devant une foule impressionnée.

Le passage du jour s'ouvre pile à ce sommet d'enthousiasme, le découpage liturgique commençant au milieu du verset 43 (d'où la mention « 43b »), quand l'admiration générale est à son comble. Jésus prend ses disciples à part. Il leur annonce, pour la deuxième fois chez Luc, qu'il sera livré.

La suite immédiate donne la mesure du malentendu : les disciples se disputent pour savoir lequel est le plus grand. Quelques versets plus loin commencera la montée vers Jérusalem, déjà en vue.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le maître itinérant dont Luc raconte la vie publique ; ses disciples viennent de le reconnaître comme le Messie envoyé par Dieu.

Il détourne l'attention du succès de ses guérisons pour annoncer une issue violente, et demande une attention particulière à cette parole précise.

les disciples

Le groupe de ceux qui suivent Jésus et l'accompagnent dans ses déplacements ; il est plus large que le cercle des douze apôtres, même si ceux-ci en font partie.

Ils reçoivent l'annonce sans la comprendre, et n'osent pas demander d'explication : Luc souligne à la fois leur incompréhension et leur crainte.

tout le monde

La foule galiléenne qui suit Jésus et assiste à ses guérisons ; chez Luc elle est souvent enthousiaste, mais sans engagement durable.

Son admiration forme le contraste sur lequel Jésus place son annonce : la popularité ne dit pas la vérité de sa mission.

Mots à connaître
Fils de l'homme

Expression que Jésus emploie pour parler de lui-même à la troisième personne. Elle vient du livre de Daniel, où un personnage « comme un fils d'homme » reçoit de Dieu un pouvoir universel ; en hébreu, la tournure désigne simplement un être humain. Cette ambiguïté lui permet de dire d'un seul mot sa condition d'homme et la mission qu'il tient de Dieu.

être livré

Le verbe grec employé ici couvre la trahison de Judas, la remise de Jésus aux autorités romaines, et aussi, dans le vocabulaire chrétien ancien, le don que Dieu fait de son Fils. Rien d'accidentel là-dedans : la même action est un crime des hommes et un dessein de Dieu.

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 9, 30-32 même épisode, autre évangile

Marc raconte la même annonce, en y ajoutant la mention de la résurrection après trois jours, absente ici chez Luc. Il précise aussi que Jésus traverse la Galilée en évitant d'être reconnu, quand Luc situe la scène en plein succès public. Comme Luc, Marc note que les disciples ne comprennent pas et craignent d'interroger.

Mt 17, 22-23 même épisode, autre évangile

Matthieu rapporte lui aussi l'annonce avec la résurrection au troisième jour, mais il substitue à l'incompréhension une tout autre réaction : les disciples sont profondément attristés. L'écart relève d'un choix de rédaction. Chez Matthieu, les disciples saisissent la menace ; chez Luc, le sens leur reste dérobé.

Lc 9, 22

Quelques versets plus haut, Jésus avait déjà annoncé sa souffrance, son rejet par les autorités, sa mort et sa résurrection. Le passage du jour reprend le thème en plus bref et plus énigmatique, ce qui accentue l'effet de répétition : la parole est dite, redite, et toujours pas reçue.

Lc 24, 45

À la fin de l'évangile, le Ressuscité ouvre l'intelligence des disciples pour qu'ils comprennent les Écritures. Ce verset répond exactement à celui d'aujourd'hui : ce qui leur était voilé ne se découvrira qu'après Pâques, et parce que Jésus lui-même en prend l'initiative.

Clés de lecture
Un contraste délibéré

Luc place l'annonce au point culminant de l'admiration populaire. L'effet est voulu. Le succès public et l'issue annoncée se retrouvent côte à côte, sans transition, pour que le lecteur comprenne que la gloire des guérisons n'est pas le dernier mot de cette histoire.

Une parole volontairement incomplète

Contrairement à Marc et Matthieu, Luc ne dit rien ici de la mort ni de la résurrection : seulement le fait d'être livré. L'annonce demeure suspendue, ce qui rend l'incompréhension des disciples plus vraisemblable et prépare la révélation pascale.

Trois degrés d'incompréhension

Le narrateur superpose trois notations : ils ne comprennent pas, la parole leur est voilée, ils ont peur de demander. Le passif « leur était voilée » suggère, dans la manière d'écrire biblique, une action de Dieu. L'heure de comprendre n'est pas venue.

Ce qui suit immédiatement

Juste après, la discussion sur celui qui est le plus grand mesure l'écart : Jésus parle d'être livré, ses disciples parlent de préséance. Luc construit là un contraste qui éclaire tout son récit de la montée à Jérusalem.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Luc prévient : la Passion n'est pas une catastrophe imprévue mais un chemin annoncé, et les plus proches de Jésus n'ont rien saisi sur le moment. Les évangiles ne dissimulent pas la faiblesse des premiers témoins. Cette incompréhension avouée les distingue.

La tradition catholique y lit le cœur de ce qu'elle appelle le mystère pascal : le Christ va librement vers sa mort, et sa condition de « livré » n'annule pas sa dignité de Fils. Le voile posé sur l'intelligence des disciples est compris comme une pédagogie : il faudra rencontrer le Ressuscité, puis recevoir l'Esprit, pour que cette parole devienne intelligible. La vie chrétienne hérite de cette structure : comprendre le Christ souffrant ne relève pas d'abord du raisonnement, mais d'une lumière reçue.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Nous avons affaire à une annonce de la Passion : une parole brève de Jésus sur son sort, puis une note du narrateur sur la réaction des disciples. Le texte ne raconte pas un événement, il pose un jalon. Il prépare le lecteur à lire la mort de Jésus comme quelque chose qu'il a vu venir et assumé, et non comme un accident.

La remarque finale sur l'incompréhension n'a rien d'une notation psychologique. C'est l'évangéliste qui parle à son lecteur pour le prévenir : le sens de cette parole ne s'ouvrira qu'à Pâques.

Qui écrit, et pour qui

La tradition attribue l'évangile selon Luc à un compagnon de l'apôtre Paul, médecin d'après une indication ancienne. L'auteur, lui, se présente comme un enquêteur qui a recueilli les témoignages de ceux qui ont vu ; il n'était pas témoin direct. On le date des années 80, sans certitude.

Ses destinataires sont des communautés chrétiennes de culture grecque, largement venues du paganisme, et il dédie son ouvrage à un certain Théophile. Ce qui l'occupe sans relâche : montrer que le chemin de Jésus tient debout, de la Galilée à Jérusalem, puis de Jérusalem au monde entier dans son second livre, les Actes des Apôtres.

Lectures et références
  • Dn 7, 13-14 — Source de l'expression « Fils de l'homme », qui y désigne un personnage recevant de Dieu une royauté éternelle.
  • Lc 9, 46-48 — La dispute sur le plus grand, immédiatement après, mesure l'écart entre l'annonce de Jésus et les préoccupations des disciples.
  • Catéchisme, § 557 — Sur la montée de Jésus vers Jérusalem et sa détermination à y accomplir sa Passion.
  • Catéchisme, § 572 — Sur la nécessité, affirmée par le Christ lui-même, que le Fils de l'homme souffre avant d'entrer dans sa gloire.

À retenir

Au sommet de sa popularité, Jésus annonce qu'il sera livré, et Luc note que ses disciples n'y comprennent rien : le sens de cette parole ne s'ouvrira qu'après Pâques.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

Bède

Nous voyons ici un parfait rapport entre les lieux et les choses ; sur la montagne, Notre-Seigneur prie, se transfigure, et dévoile à ses disciples les secrets de sa Majesté. Lorsqu’il descend dans la plaine, la foule s’empresse autour de lui : « Le jour suivant, comme ils descendaient de là montagne, une foule nombreuse vint au-devant d’eux. » Sur la montagne, il fait entendre la voix du Père, dans la plaine, il chasse les mauvais esprits : « Et voilà que de la foule, un homme s’écria : Maître, je vous en supplie, jetez un regard sur mon fils. »

Tite de Bostra

J’admire la sagesse de cet homme, il ne dit pas au Sauveur : Faites ceci ou cela, mais : « Jetez un regard, » car cela suffit pour sa guérison ; c’est dans le même sens que le Roi-prophète disait : « Jetez les yeux sur moi, et ayez pitié de moi. » ( Ps 24, 16 ; Ps 85, 15 ; Ps 118, 132). Cet homme dit à Jésus : « Jetez un regard sur mon fils, » pour motiver la hardiesse qui le portait à crier seul au milieu de cette multitude. Il ajoute : « Car c’est le seul que j’aie, » c’est-à-dire, je ne puis espérer d’autre consolation de ma vieillesse. Il expose ensuite la nature de sa maladie, pour émouvoir la compassion du Sauveur : « Un esprit se saisit de lui, » etc. Enfin, il semble accuser les disciples, mais il paraît bien plus vouloir excuser sa hardiesse. Ne pensez pas, semble-t-il dire au Sauveur, que je viens à vous avec légèreté, votre dignité impose, et je me suis bien gardé de vous importuner tout d’abord ; j’ai commencé par m’adresser à vos disciples, mais comme ils n’ont pu guérir mon fils, je suis forcé de recourir à vous. Aussi les reproches du Seigneur ne s’adressent pas à cet homme, mais à cette génération incrédule : « Et Jésus prenant la parole, leur dit : O race infidèle, » etc.

S. Chrys

(hom. 58 sur S. Matth.) Cependant nous voyons par plusieurs expressions rapportées dans le saint Évangile, que cet homme était encore bien faible dans la foi ; ainsi il dit au Sauveur : « Aidez mon incrédulité. » (Mc 9, 23.) Et encore : « Si vous pouvez. » ( Mc 9, 21.) Et Notre-Seigneur même lui dit : « Tout est possible à celui qui croit. » (vers. 22.)

S. Cyrille

Le motif le plus probable du reproche d’incrédulité que le Sauveur fait à cet homme, est donc l’accusation portée contre les saints Apôtres, qu’ils ne pouvaient commander aux démons ; il aurait dû bien plutôt honorer Dieu en implorant son secours, car Dieu exauce ceux qui lui rendent l’honneur qui lui est dû. Mais accuser ceux qui ont reçu de Jésus-Christ le pouvoir de chasser les démons d’impuissance sur ces esprits mauvais, c’est attaquer la grâce de Dieu elle-même, plutôt encore que ceux qui l’ont reçue et par lesquels Jésus-Christ manifeste ses divines opérations. C’est donc offenser Jésus-Christ que d’accuser les saints auxquels il a confié la prédication de la parole sainte, aussi voyez comment le Seigneur réprimande cet homme et tous ceux qui partagent ses sentiments : « O génération infidèle et perverse, » comme s’il lui disait : C’est à cause de votre infidélité que la grâce n’a pas produit son effet.

16 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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