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de la férie

25ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Ancien Testament

Qohèleth 3, 1-11

« Il y a un temps pour chaque chose sous le ciel »

1 Il y a un temps fixé pour tout, un temps pour toute chose sous le ciel :

2 un temps pour naître, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté ;

3 un temps pour tuer, et un temps pour guérir ; un temps pour abattre, et un temps pour bâtir ;

4 un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour se lamenter, et un temps pour danser ;

5 un temps pour jeter des pierres, et un temps pour en ramasser ; un temps pour embrasser, et un temps pour s’abstenir d’embrassements.

6 un temps pour chercher, et un temps pour perdre ; un temps pour garder, et un temps pour jeter ;

7 un temps pour déchirer, et un temps pour coudre ; un temps pour se taire, et un temps pour parler ;

8 un temps pour aimer, et un temps pour haïr ; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix.

9 Quel est l’avantage, pour celui qui travaille, de la peine qu’il se donne ?

10 J’ai examiné le labeur auquel Dieu impose aux enfants des hommes de se livrer :

11 Dieu a fait toute chose belle en son temps, il a mis aussi dans leur cœur l’éternité, mais sans que l’homme puisse comprendre l’œuvre que Dieu fait, du commencement jusqu’à la fin.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le livre de Qohèleth (nom hébreu qu'on traduit souvent par « l'Ecclésiaste », c'est-à-dire celui qui parle dans l'assemblée) rassemble les réflexions d'un sage d'Israël sur ce que vaut la vie humaine. Le constat initial est brutal. Tout fuit comme une buée, et l'homme ne retire de son travail aucun gain qui dure : les chapitres 1 et 2 passent en revue la sagesse, le plaisir, la richesse, et concluent chaque fois à la déception.

Notre passage ouvre le chapitre 3 sur un autre registre. Après avoir dit l'échec de la maîtrise humaine, le sage énumère les moments contraires qui composent une existence, revient à sa question sur le profit du travail et termine en nommant Dieu comme celui qui fixe les temps. Viendront ensuite la justice, la mort commune aux hommes et aux bêtes, et le conseil de jouir simplement de ce qui est donné.

En semaine, la première lecture de la messe suit son propre parcours, livre après livre, sans lien voulu avec l'évangile du jour. On lit ici Qohèleth d'un bout à l'autre, et le découpage s'arrête là où le poème des temps trouve sa conclusion.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Qohèleth

Le sage anonyme qui parle dans tout le livre, présenté au début comme « fils de David, roi à Jérusalem », ce qui l'associe à la figure de Salomon, le roi réputé pour sa sagesse.

Il observe et il parle : il dresse la liste des temps opposés, demande quel gain l'homme retire de sa peine, rapporte ce qu'il a vu de l'œuvre de Dieu.

Mots à connaître
« sous le ciel »

Expression équivalente à « sous le soleil », très fréquente dans ce livre, qui désigne le monde tel que l'homme peut l'observer, le domaine de l'expérience terrestre. Elle marque une limite. Le sage parle de ce qu'il voit, non de ce qui se passe du côté de Dieu.

jeter des pierres et les amasser

Image prise à la vie agricole de Palestine : on débarrasse un champ de ses cailloux pour le cultiver, ou l'on ramasse des pierres pour bâtir un mur ou une terrasse. Certains y voient aussi le geste de rendre un champ ennemi inutilisable.

déchirer et coudre

En Israël, déchirer son vêtement était le geste public du deuil ou de la consternation ; le recoudre marque le retour à la vie ordinaire. Le couple évoque donc moins un travail de couture qu'un passage du deuil à la reprise.

le profit

Le mot hébreu employé ici appartient au vocabulaire du commerce : ce qui reste quand les comptes sont faits, le bénéfice net. Le sage applique ce langage d'affaires à la vie entière et constate qu'au bilan, rien ne demeure entre les mains de l'homme.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« les fils d'Adam »

Tournure calquée sur l'hébreu, où « fils d'homme » signifie simplement « les êtres humains ». Les traductions actuelles écrivent « les hommes » ou « les humains ».

« toute la durée du temps »

Le mot hébreu ici employé est difficile : il peut désigner l'éternité, la durée indéfinie, ou le monde. Les bibles d'aujourd'hui traduisent le plus souvent par « il a mis dans leur cœur l'éternité », d'autres par « le désir de connaître la durée entière ».

Clés de lecture
Sept fois deux

Le poème aligne quatorze paires, soit deux fois sept. Dans la manière de compter de la Bible, sept dit la totalité : la liste ne cherche pas à être exhaustive dans le détail, elle signifie que rien dans l'existence n'échappe à cette alternance.

Le point de bascule : la question du gain

Après l'énumération revient la question habituelle du sage : que retire l'homme de sa peine ? C'est elle qui donne son sens au poème. Si tout a son moment et que ce moment ne dépend pas de nous, la prétention à capitaliser sur son travail s'effondre.

Bon en son temps, mais insaisissable

La fin du passage tient ensemble deux affirmations : ce que Dieu fait est bon quand il le fait, et l'homme, à qui pourtant quelque chose du temps sans fin a été déposé au cœur, ne peut embrasser l'ensemble de cette œuvre. Ni désespoir ni sérénité facile. La reconnaissance d'une limite.

Un Dieu nommé sans être expliqué

À la toute fin du passage seulement, Dieu apparaît, et comme celui qui fixe les temps et les impose. Qohèleth ne discute pas de sa bonté : il constate que la maîtrise du temps est de son côté, non du nôtre.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens premier, voilà une parole de sagesse sur la condition humaine : l'homme vit dans une succession de moments qu'il ne choisit pas et dont il ne perçoit pas le dessin d'ensemble. La tradition catholique y voit une préparation de ce que la foi appellera la providence. Le temps n'est pas un chaos ; Dieu le tient, même si l'homme n'en lit pas le plan.

La lecture chrétienne relit ce poème à la lumière de la venue du Christ. Le Nouveau Testament parle d'un temps accompli et d'une « plénitude du temps » : ce que Qohèleth constatait comme hors de portée reçoit un centre, sans que la limite humaine disparaisse pour autant. Quant au désir d'éternité que le sage repère au cœur de l'homme, on y voit la trace d'une vocation qui dépasse la durée terrestre, et que seule la fin de l'histoire dévoilera pleinement.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

On a d'abord un poème sapientiel construit comme une liste : quatorze couples d'activités contraires, sans verbe principal, qui balayent l'existence d'un extrême à l'autre. Nommer les deux bouts d'une réalité pour désigner le tout est un procédé courant de la poésie hébraïque. Non pas un programme de conduite, donc, mais un inventaire de la condition humaine.

Les trois derniers versets changent de ton : le sage reprend la parole à la première personne, sous forme de question puis de constat. Lire ce texte comme un conseil pratique (« il y a un moment pour tuer ») serait un contresens. Le poème décrit ce qui arrive, il ne le prescrit pas.

Qui écrit, et pour qui

Le livre se présente comme la parole d'un sage de Jérusalem apparenté à Salomon. Mais la langue employée, un hébreu tardif marqué par des emprunts araméens et perses, conduit la plupart des spécialistes à le situer bien plus tard, vers le IIIe siècle avant Jésus-Christ, à l'époque où la culture grecque se diffuse au Proche-Orient. L'attribution à Salomon devient alors un procédé littéraire : on place son propos sous le patronage du sage par excellence.

Les destinataires sont des Israélites cultivés, probablement des milieux de scribes, qui se demandent ce que vaut l'effort humain quand la mort efface tout. La date précise et le milieu exact restent débattus.

Lectures et références
  • Gn 1, 31 — Le regard de Dieu sur la bonté de ce qu'il a fait éclaire l'affirmation finale du passage.
  • Qo 1, 3 — La même question sur le profit que l'homme retire de son travail ouvre le livre et revient ici.
  • Ga 4, 4 — Paul parle d'une plénitude du temps atteinte avec la venue du Fils, ce qui donne un centre à la succession des temps décrite ici.
  • Ac 1, 7 — Jésus rappelle aux disciples que les temps fixés appartiennent au Père, écho direct de la limite reconnue par Qohèleth.
  • Catéchisme, § 1040 — Le Catéchisme situe au jugement dernier la révélation du sens ultime de toute l'œuvre de la création, que l'homme ne peut embrasser maintenant.

À retenir

Un poème qui inventorie les moments contraires de l'existence pour conclure non à l'absurde, mais à une limite : les temps sont bons, ils sont de Dieu, et l'homme ne peut en voir le dessin complet.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 143, 1 . 143, 2 . 143, 3-4

1 De David. Béni soit Yahweh, mon rocher, qui a dressé mes mains au combat, et mes doigts à la guerre,

2 mon bienfaiteur et ma forteresse, ma haute retraite et mon libérateur, mon bouclier, celui qui est mon refuge, qui range mon peuple sous moi !

3 Yahweh, qu’est-ce que l’homme pour que tu le connaisses, le fils de l’homme, pour que tu prennes garde à lui ?

4 L’homme est semblable à un souffle, ses jours sont comme l’ombre qui passe.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 9, 18-22

« Tu es le Christ, le Messie de Dieu. – Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup »

18 Un jour qu’il priait dans un lieu solitaire, ayant ses disciples avec lui, il leur fit cette question : « Qui suis-je, au dire des foules ? »

19 Ils répondirent : « Les uns disent Jean Baptiste ; d’autres Élie ; d’autres, qu’un des anciens prophètes est ressuscité. —

20 Et vous, leur demanda-t-il, qui dites-vous que je suis ? » Pierre répondit : « Le Christ de Dieu. »

21 Mais il leur enjoignit d’un ton sévère de ne le dire à personne.

22 « Il faut, ajouta-t-il, que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les Anciens, par les Princes des prêtres et par les Scribes, qu’il soit mis à mort et qu’il ressuscite le troisième jour. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Nous sommes encore en Galilée, la région du nord où Jésus a commencé sa prédication. Juste avant, Luc a raconté l'inquiétude d'Hérode, qui se demande qui est cet homme dont on parle tant, puis le repas où Jésus nourrit une foule immense avec cinq pains et deux poissons. La question « qui est-il ? » flotte dans l'air depuis plusieurs pages. Ici, c'est Jésus qui la pose à ses disciples.

La scène est un tournant du livre. Immédiatement après, Jésus expose ce qu'il en coûte de le suivre ; vient ensuite la Transfiguration, et peu après Luc écrira que Jésus prend résolument la route de Jérusalem. Tout le récit bascule alors vers la Passion.

Le découpage liturgique retenu s'arrête juste après la première annonce de la mort et de la résurrection. Confession de Pierre et annonce forment donc un seul bloc, ce qui correspond bien à l'intention de Luc.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le maître itinérant dont Luc raconte la vie publique ; dans cet évangile, il est très souvent montré en prière aux moments décisifs.

Il prend l'initiative de l'interrogatoire, accueille la réponse de Pierre, impose le silence, puis reformule lui-même son identité en termes de souffrance, de mort et de résurrection.

les disciples

Le groupe de ceux qui suivent Jésus et reçoivent son enseignement ; plus large que les douze apôtres, mais ce sont surtout eux qui accompagnent Jésus ici.

Ils rapportent d'abord les opinions qui circulent, avant d'être mis en demeure de répondre en leur propre nom.

Pierre

Pêcheur de Galilée appelé Simon, à qui Jésus a donné le surnom de Pierre ; il parle habituellement au nom du groupe.

Il formule la réponse que les foules n'ont pas su donner, en reconnaissant en Jésus l'envoyé attendu de Dieu.

les foules

Les gens qui suivent Jésus pour ses guérisons et sa prédication, sans engagement stable à sa suite.

Leurs opinions, rapportées par les disciples, situent Jésus parmi les prophètes : c'est vrai, mais insuffisant.

les anciens, les grands prêtres et les scribes

Les trois composantes du Sanhédrin, le conseil religieux et juridique de Jérusalem : notables laïcs, responsables du Temple, et spécialistes de la Loi.

Jésus les nomme d'avance comme ceux qui le rejetteront ; leur mention transporte déjà le regard du lecteur vers Jérusalem.

Mots à connaître
le Christ, le Messie de Dieu

« Messie » vient de l'hébreu et signifie « celui qui a reçu l'onction d'huile », rite qui consacrait les rois et les prêtres ; christos en est la traduction grecque. Dans le judaïsme du temps de Jésus, le titre désignait le libérateur attendu que Dieu enverrait à son peuple, souvent imaginé comme un roi victorieux.

le Fils de l'homme

Expression que Jésus emploie pour se désigner lui-même dans les évangiles. Elle vient du livre de Daniel, où une figure d'aspect humain reçoit de Dieu un pouvoir universel. Ici, Jésus la retourne de façon inattendue, en l'associant à la souffrance et à la mort.

Élie

Grand prophète du royaume d'Israël, dont la Bible raconte qu'il fut enlevé au ciel sans mourir. Une attente répandue voulait qu'il revienne avant l'intervention décisive de Dieu, ce qui explique qu'on ait pu identifier Jésus à lui.

Jean le Baptiste

Prédicateur qui baptisait dans le Jourdain et appelait à la conversion ; Luc a raconté sa naissance et son ministère, puis son exécution sur ordre d'Hérode. Certains croyaient qu'il était revenu d'entre les morts en la personne de Jésus.

le troisième jour

Manière juive de compter qui inclut le jour de départ : elle ne suppose pas soixante-douze heures. L'expression, reprise par la prédication chrétienne la plus ancienne, désigne le matin de Pâques.

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 8, 27-33 même épisode, autre évangile

Sur la route de Césarée de Philippe, au nord du pays, voilà où Marc situe la scène ; Luc ne retient pas ce détail. Marc poursuit surtout par la protestation de Pierre et la violente réplique de Jésus, absentes ici. Luc supprime cet échange et laisse la confession de Pierre sans ombre, conformément à sa manière plus retenue envers les apôtres.

Mt 16, 13-23 même épisode, autre évangile

Matthieu donne à la réponse de Pierre une forme plus développée et y ajoute la déclaration de Jésus sur le roc, l'Église et les clés du Royaume. Rien de tout cela chez Luc, qui va droit de la confession à l'annonce de la Passion. La comparaison montre que chaque évangéliste organise le même souvenir selon son propos.

Lc 9, 7-9

Quelques versets plus haut, Luc rapporte que le roi Hérode entend dire que Jean le Baptiste est ressuscité, ou qu'Élie est apparu, ou un ancien prophète. Exactement les opinions que les disciples répètent ici. Le lecteur comprend que Jésus reprend une question déjà posée publiquement, mais pour la porter à un tout autre niveau.

Jn 6, 67-69 même épisode, autre évangile

Chez Jean, une confession de Pierre intervient aussi, mais dans un tout autre cadre : après le discours sur le pain de vie, quand beaucoup abandonnent Jésus. La formulation y est différente. Faut-il y voir autre chose que la place centrale donnée par la mémoire chrétienne à cette prise de parole de Pierre ?

Clés de lecture
Deux questions, deux niveaux

La première question porte sur l'opinion publique, la seconde sur la position personnelle des disciples. Le passage est construit sur cet écart : entendre ce qu'on dit de Jésus ne dispense pas d'avoir à répondre soi-même. Les réponses des foules ne sont pas fausses. Elles sont seulement trop courtes.

La prière comme cadre

Luc note d'emblée que Jésus priait à l'écart. C'est une constante de cet évangile : baptême, choix des Douze, Transfiguration, agonie sont précédés ou accompagnés de prière. Le lecteur est averti. Ce qui va se dire touche au cœur de la mission de Jésus.

Un titre juste, aussitôt corrigé

Jésus ne dément pas Pierre, mais il interdit d'en parler et reformule immédiatement en parlant de rejet et de mort. Le silence imposé s'explique par le malentendu possible : un messie attendu comme libérateur politique n'est pas ce qu'il vient être. Le titre n'est acceptable qu'une fois passé par la croix.

Une nécessité annoncée

Le verbe qui ouvre l'annonce exprime une nécessité, non une fatalité : pour Luc, ce qui va arriver s'inscrit dans le dessein de Dieu attesté par les Écritures. Souffrir, être rejeté, être tué, ressusciter. La liste des quatre étapes se tient d'un seul bloc et refuse de séparer la mort de la résurrection.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le passage enregistre deux moments : celui où les disciples cessent de voir en Jésus un prophète parmi d'autres pour le reconnaître comme l'envoyé attendu, et celui où Jésus leur apprend que cette reconnaissance ne prend son sens qu'à la lumière de sa mort et de sa résurrection.

La tradition catholique y lit un texte fondateur de la foi chrétienne : la confession de Pierre est la première formulation, encore fragile, de ce que l'Église professera dans son Credo. Elle souligne aussi que Jésus accueille ce titre de Messie en le redéfinissant lui-même, écartant par avance toute attente de puissance terrestre. Pierre parle au nom des autres, et l'on rapproche traditionnellement cette place de la mission particulière qui lui revient dans l'Église, que Matthieu développe davantage. La question adressée aux disciples est enfin reçue comme adressée à tout lecteur : on ne peut y répondre par ce que d'autres disent.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'un dialogue de révélation : un échange bref, construit en deux questions, où l'identité du personnage principal se dévoile par étapes. Ni récit de miracle ni parabole. L'action est presque nulle, tout tient dans les paroles.

La seconde partie relève de l'annonce de la Passion, une formule que Luc reprendra à plusieurs reprises, énumérant souffrance, rejet, mort et résurrection. Le vocabulaire de ces annonces, la prédication chrétienne des premières générations l'avait déjà fixé.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile selon saint Luc est attribué par la tradition à un compagnon de l'apôtre Paul, médecin, de culture grecque. C'est le troisième des quatre récits de la vie de Jésus reçus par l'Église, et le même auteur a écrit la suite : les Actes des Apôtres.

Dans les années 80, pour des communautés chrétiennes de langue grecque issues en bonne part du paganisme, Luc rédige son texte. La date exacte et le lieu restent discutés. Ses lecteurs n'ont pas connu Jésus et ont besoin de savoir sur quoi repose ce qu'on leur a enseigné.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 440 — Le Catéchisme commente précisément l'accueil par Jésus de la confession de Pierre, aussitôt reliée à l'annonce de la Passion.
  • Catéchisme, § 554 — Sur la première annonce de la Passion et son lien avec la Transfiguration qui suit.
  • Dn 7, 13-14 — Source du titre « Fils de l'homme », figure humaine recevant de Dieu un règne éternel.
  • Lc 9, 51 — Quelques versets plus loin, Jésus prend la route de Jérusalem : l'annonce de ce passage y trouve sa suite narrative.
  • 1 Co 15, 3-4 — Formule de foi très ancienne rapportée par Paul, qui reprend les mêmes éléments : mort, ensevelissement, résurrection le troisième jour selon les Écritures.

À retenir

Pierre donne à Jésus le bon titre, mais Jésus en fixe aussitôt le sens en annonçant sa mort et sa résurrection : on ne peut le reconnaître comme Messie sans passer par la croix.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Cyrille

Le Seigneur se sépare de la foule, et cherche la solitude pour se livrer à la prière : « Un jour qu’il priait seul dans un lieu solitaire, » etc. Il se donnait ainsi comme exemple à ses disciples, et leur apprenait à se rendre facile la pratique de sa doctrine. C’est ainsi que les pasteurs des peuples doivent leur être supérieurs par l’éminence de leurs vertus, et leur donner l’exemple d’une application constante aux devoirs de leur ministère et aux oeuvres qui sont agréables à Dieu.

Bède

Les disciples se trouvaient avec le Sauveur, mais nous le voyons seul prier son Père, parce que les saints peuvent bien être unis au Seigneur par les liens de la foi et de la charité, mais le Fils seul peut pénétrer les incompréhensibles secrets des conseils de Dieu. Il prie donc seul en toutes circonstances, parce que les prières de l’homme ne peuvent comprendre les desseins de Dieu, et que nul ne peut entrer en participation des sentiments les plus intimes de Jésus-Christ.

S. Cyrille

Cependant cette application à la prière pouvait étonner les disciples, qui voyaient prier, comme un faible mortel, celui qu’ils avaient vu faire des miracles avec une autorité toute divine. C’est donc pour dissiper leurs incertitudes qu’il les interroge, il n’ignorait pas sans doute les témoignages éclatants que le peuple lui rendait, mais il voulait dégager ses disciples des fausses idées qu’un grand nombre s’était faites à son sujet, et leur inspirer les sentiments d’une foi éclairée et véritable : « Il les interrogea, disant : Qui dit-on que je suis ? » etc.

Bède

C’est dans un dessein plein de sagesse que le Sauveur avant d’éprouver la foi de ses disciples, leur demande ce que la foule pense de lui, car il veut que leur profession de foi ait pour fondement, non l’opinion de la multitude, mais la connaissance de la vérité, et qu’ils croient après avoir examiné, au lieu d’être comme Hérode, dans l’incertitude sur ce qu’ils auraient entendu dire.

9 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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