Première lecture Nouveau Testament
1 Corinthiens 15, 1-11
« Voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous croyez »
1 Je vous rappelle, frères, l’Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, dans lequel vous avez persévéré,
2 et par lequel aussi vous êtes sauvés, si vous le retenez tel que je vous l’ai annoncé ; à moins que vous n’ayez cru en vain.
3 Je vous ai enseigné avant tout, comme je l’ai appris moi-même, que le Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Écritures ;
4 qu’il a été enseveli et qu’il est ressuscité le troisième jour, conformément aux Écritures ;
5 et qu’il est apparu à Céphas, puis aux Douze.
6 Après cela, il est apparu en une seule fois à plus de cinq cents frères, dont la plupart sont encore vivants, et quelques-uns se sont endormis.
7 Ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres.
8 Après eux tous, il m’est aussi apparu à moi, comme à l’avorton.
9 Car je suis le moindre des Apôtres, moi qui ne suis pas digne d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu.
10 C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce envers moi n’a pas été vaine ; loin de là, j’ai travaillé plus qu’eux tous, non pas moi pourtant, mais la grâce de Dieu qui est avec moi.
11 Ainsi donc, soit moi, soit eux, voilà ce que nous prêchons, et voilà ce que vous avez cru.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
Ce passage ouvre le chapitre 15 de la première lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe, l'un des derniers grands développements de la lettre. Juste avant, Paul a longuement traité des dons spirituels dans l'assemblée : la diversité des charismes, l'image du corps dont les membres sont solidaires, l'éloge de l'amour, puis le désordre créé à Corinthe par le "parler en langues" (chapitres 12 à 14).
Il aborde maintenant un problème plus grave : certains, dans cette communauté, nient qu'il y ait une résurrection des morts. Avant de discuter, Paul commence par rappeler le socle commun, la formule de foi qu'il a lui-même reçue et transmise. La suite immédiate du chapitre en tirera l'argument : si le Christ n'est pas ressuscité, la foi est vide.
En semaine, les lettres apostoliques sont lues de façon continue, quelques versets après quelques versets ; ce découpage suit donc simplement l'avancée dans la lettre.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul
-
Juif originaire de Tarse, d'abord adversaire violent des premiers chrétiens, devenu après une expérience bouleversante du Christ ressuscité le principal missionnaire de l'Évangile auprès des non-Juifs. Il a fondé la communauté de Corinthe vers 50-51 et lui écrit ensuite.
Il se présente ici non comme un innovateur mais comme un maillon : il a reçu une formule de foi et la retransmet. Il rappelle en même temps son passé de persécuteur pour souligner que son apostolat ne vient pas de lui.
- les Corinthiens (« frères »)
-
Chrétiens d'une grande ville portuaire de Grèce, majoritairement issus du paganisme, milieu cosmopolite et divisé. Paul les appelle « frères », terme usuel entre membres d'une même communauté de foi.
Ils sont ceux à qui Paul rappelle ce qu'ils ont reçu, parce que certains d'entre eux mettent en doute la résurrection des morts.
- Pierre
-
Le pêcheur Simon, appelé par Jésus et surnommé par lui Pierre (en araméen Képhas, « le roc ») ; il occupe le premier rang parmi les compagnons de Jésus dans tous les évangiles.
Il figure en tête de la liste des témoins des apparitions du Ressuscité, ce qui reflète son rôle de garant de la foi commune.
- les Douze
-
Le groupe restreint des compagnons que Jésus a choisis et envoyés ; le nombre douze renvoie aux douze tribus d'Israël. Ils ne sont pas les seuls disciples, mais forment un cercle précis.
Cités comme deuxième instance de témoins, ils garantissent que l'annonce ne repose pas sur une expérience isolée.
- Jacques
-
Il s'agit très probablement de Jacques dit « frère du Seigneur », proche parent de Jésus, qui devient responsable de la communauté chrétienne de Jérusalem. À distinguer de l'apôtre Jacques fils de Zébédée.
Sa mention élargit le cercle des témoins au-delà des Douze et rejoint l'autorité de l'Église de Jérusalem.
Mots à connaître
- Évangile / Bonne Nouvelle
Le mot grec traduit par « Évangile » signifie littéralement « bonne nouvelle ». Chez Paul, il ne désigne pas un livre — les évangiles écrits ne circulent pas encore — mais l'annonce orale de ce que Dieu a fait en Jésus.
- transmettre et recevoir
Ces deux verbes forment un couple technique dans les écoles juives : le maître transmet mot pour mot ce qu'il a reçu de son propre maître. Paul les emploie pour signaler qu'il ne présente pas sa théologie personnelle mais un dépôt commun, formulé avant lui.
- conformément aux Écritures
« Les Écritures » désignent ici les livres saints d'Israël, ce que les chrétiens appelleront l'Ancien Testament. Affirmer que la mort et la résurrection du Christ s'y accordent, c'est dire qu'elles accomplissent une histoire commencée bien avant, et non qu'elles surgissent de nulle part.
- le troisième jour
Dans le comptage juif, le jour commencé compte pour un jour entier : du vendredi soir au dimanche matin, on est au troisième jour. L'expression est une donnée de la formule de foi, pas un calcul d'horaire.
- endormis dans la mort
Image courante chez les premiers chrétiens pour désigner les défunts. Elle n'atténue pas la réalité de la mort mais suggère l'attente d'un réveil, ce qui prépare précisément l'argument du chapitre sur la résurrection.
- « avorton »
Traduction d'un mot grec très rude, qui désigne un enfant né avant terme, non viable. Paul l'applique à lui-même, peut-être en reprenant une insulte de ses adversaires, pour marquer le caractère anormal et tardif de sa vocation.
Ailleurs dans l’Écriture
- Lc 24, 33-34
Les disciples revenus d'Emmaüs entendent la communauté de Jérusalem affirmer que le Seigneur est apparu à Simon. C'est le seul écho narratif, dans les évangiles, de l'apparition à Pierre que Paul place en tête de sa liste : l'apparition est mentionnée sans être racontée. Le rapprochement montre que Paul transmet une tradition déjà fixée avant la mise en écrit des évangiles.
- Ga 1, 13-16
Dans sa lettre aux Galates, Paul raconte lui-même son passé de persécuteur et l'appel reçu de Dieu. Les deux textes se recoupent sur l'essentiel — la persécution, puis la grâce — mais Galates insiste sur l'indépendance de sa mission, alors qu'ici il souligne au contraire sa dépendance à l'égard d'une tradition reçue.
- Ac 9, 1-19
Le livre des Actes des Apôtres raconte en récit ce que Paul évoque ici allusivement : sa route vers Damas pour arrêter des chrétiens, et le retournement qui s'ensuit. Les Actes en font une scène dramatique ; Paul, lui, la range sobrement dans la série des apparitions du Ressuscité.
- Is 53, 4-6 Ancien Testament
Le quatrième chant du serviteur souffrant, chez le prophète Isaïe, décrit un juste qui porte les fautes de la multitude. C'est l'un des textes qui permettent aux premiers chrétiens d'affirmer que la mort du Christ « pour nos péchés » s'accorde aux Écritures d'Israël, et non qu'elle les contredit.
Clés de lecture
- Une formule plus ancienne que la lettre
Le cœur du passage — mort, mise au tombeau, résurrection, apparitions — a la forme d'un texte appris. Paul l'ayant reçu, il faut le faire remonter aux toutes premières années après la mort de Jésus. C'est ce qui donne à ces lignes leur poids documentaire particulier.
- Une liste de témoins qui s'élargit
L'énumération va de Pierre aux Douze, puis à un groupe très large, puis à Jacques et à l'ensemble des envoyés, pour finir sur Paul lui-même. La progression n'est pas décorative : elle multiplie les garants et rend l'annonce vérifiable, en précisant même que beaucoup de ces témoins sont encore en vie.
- Le renversement final
Paul, dernier de la série et ancien persécuteur, se dit à la fois le plus petit et celui qui a le plus travaillé. La tension se résout par le mot grâce : ce qu'il est, il ne l'a pas produit. L'argument sert la démonstration d'ensemble — même un adversaire de l'Église a pu devenir témoin du Ressuscité.
- Rappeler avant de discuter
Paul ne réfute pas d'emblée ceux qui nient la résurrection des morts. Il commence par établir le terrain d'accord, ce que les Corinthiens ont eux-mêmes reçu et sur quoi ils tiennent debout. La conclusion du passage, qui associe son annonce et leur foi, ferme ce préalable et ouvre la démonstration.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, Paul fait ici œuvre de mémoire : il cite le résumé de foi commun aux premières communautés et y adosse son propre témoignage, pour ramener des chrétiens hésitants à ce qu'ils ont reçu. Le texte atteste que l'annonce de la résurrection n'est pas une élaboration tardive mais le contenu premier de la prédication chrétienne.
La tradition catholique y voit l'un des fondements de sa compréhension de la Tradition : la foi se reçoit et se transmet, elle n'est l'invention de personne, et les Apôtres en sont les témoins qualifiés. Elle y lit aussi que la mort du Christ n'est pas un accident mais un acte pour le salut, et que la résurrection est l'événement sur lequel tout repose. Enfin, le retournement de Paul persécuteur en apôtre est lu comme le modèle de ce que la grâce opère : elle ne supprime pas l'effort humain, elle le rend possible.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
Ce n'est pas un récit, mais un rappel argumenté insérant une formule de foi — un résumé fixe, appris par cœur et transmis oralement, comparable à un noyau de credo. Le vocabulaire employé (recevoir, transmettre) est celui de la transmission des enseignements dans le judaïsme de l'époque. Il faut donc lire ces lignes comme une citation solennelle, non comme une composition libre de Paul, ce qui explique leur style dense et rythmé. La partie finale, où Paul parle de lui, relève au contraire du plaidoyer personnel.
Qui écrit, et pour qui
La lettre est de Paul, écrite vers 54-57, probablement d'Éphèse, à la communauté chrétienne de Corinthe qu'il avait fondée quelques années plus tôt. Il répond à des nouvelles inquiétantes et à des questions posées : divisions, désordres moraux, conflits sur les repas communautaires et les dons spirituels. L'attribution à Paul n'est pas discutée par les spécialistes ; en revanche, on débat de la manière dont plusieurs échanges de courrier ont pu être rassemblés dans la lettre telle que nous l'avons. Le passage lui-même contient une formule de foi antérieure à Paul, qu'il dit avoir reçue : c'est donc un témoignage sur ce que croyaient les chrétiens dès les toutes premières années.
Lectures et références
- 1 Co 15, 14 — Quelques versets plus loin, Paul tire la conséquence de ce rappel : sans la résurrection du Christ, la prédication et la foi seraient vides.
- 1 Co 11, 23 — Même vocabulaire de réception et de transmission, appliqué au récit de la Cène : Paul procède deux fois de la même manière.
- Catéchisme, § 639 — Le Catéchisme s'appuie sur ce passage pour présenter le témoignage apostolique de la résurrection.
- Catéchisme, § 186 — Sur la formulation de la foi en résumés brefs, transmis dans l'Église.
À retenir
Avant de discuter avec des Corinthiens qui doutent de la résurrection, Paul cite le résumé de foi qu'il a lui-même reçu, avec sa liste de témoins, et se range en dernier parmi eux.
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