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S. Robert Bellarmin, évêque et docteur de l'Église. Mémoire facultative

24ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

1 Corinthiens 15, 1-11

« Voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous croyez »

1 Je vous rappelle, frères, l’Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, dans lequel vous avez persévéré,

2 et par lequel aussi vous êtes sauvés, si vous le retenez tel que je vous l’ai annoncé ; à moins que vous n’ayez cru en vain.

3 Je vous ai enseigné avant tout, comme je l’ai appris moi-même, que le Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Écritures ;

4 qu’il a été enseveli et qu’il est ressuscité le troisième jour, conformément aux Écritures ;

5 et qu’il est apparu à Céphas, puis aux Douze.

6 Après cela, il est apparu en une seule fois à plus de cinq cents frères, dont la plupart sont encore vivants, et quelques-uns se sont endormis.

7 Ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres.

8 Après eux tous, il m’est aussi apparu à moi, comme à l’avorton.

9 Car je suis le moindre des Apôtres, moi qui ne suis pas digne d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu.

10 C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce envers moi n’a pas été vaine ; loin de là, j’ai travaillé plus qu’eux tous, non pas moi pourtant, mais la grâce de Dieu qui est avec moi.

11 Ainsi donc, soit moi, soit eux, voilà ce que nous prêchons, et voilà ce que vous avez cru.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Ce passage ouvre le chapitre 15 de la première lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe, l'un des derniers grands développements de la lettre. Juste avant, Paul a longuement traité des dons spirituels dans l'assemblée : la diversité des charismes, l'image du corps dont les membres sont solidaires, l'éloge de l'amour, puis le désordre créé à Corinthe par le "parler en langues" (chapitres 12 à 14).

Il aborde maintenant un problème plus grave : certains, dans cette communauté, nient qu'il y ait une résurrection des morts. Avant de discuter, Paul commence par rappeler le socle commun, la formule de foi qu'il a lui-même reçue et transmise. La suite immédiate du chapitre en tirera l'argument : si le Christ n'est pas ressuscité, la foi est vide.

En semaine, les lettres apostoliques sont lues de façon continue, quelques versets après quelques versets ; ce découpage suit donc simplement l'avancée dans la lettre.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif originaire de Tarse, d'abord adversaire violent des premiers chrétiens, devenu après une expérience bouleversante du Christ ressuscité le principal missionnaire de l'Évangile auprès des non-Juifs. Il a fondé la communauté de Corinthe vers 50-51 et lui écrit ensuite.

Il se présente ici non comme un innovateur mais comme un maillon : il a reçu une formule de foi et la retransmet. Il rappelle en même temps son passé de persécuteur pour souligner que son apostolat ne vient pas de lui.

les Corinthiens (« frères »)

Chrétiens d'une grande ville portuaire de Grèce, majoritairement issus du paganisme, milieu cosmopolite et divisé. Paul les appelle « frères », terme usuel entre membres d'une même communauté de foi.

Ils sont ceux à qui Paul rappelle ce qu'ils ont reçu, parce que certains d'entre eux mettent en doute la résurrection des morts.

Pierre

Le pêcheur Simon, appelé par Jésus et surnommé par lui Pierre (en araméen Képhas, « le roc ») ; il occupe le premier rang parmi les compagnons de Jésus dans tous les évangiles.

Il figure en tête de la liste des témoins des apparitions du Ressuscité, ce qui reflète son rôle de garant de la foi commune.

les Douze

Le groupe restreint des compagnons que Jésus a choisis et envoyés ; le nombre douze renvoie aux douze tribus d'Israël. Ils ne sont pas les seuls disciples, mais forment un cercle précis.

Cités comme deuxième instance de témoins, ils garantissent que l'annonce ne repose pas sur une expérience isolée.

Jacques

Il s'agit très probablement de Jacques dit « frère du Seigneur », proche parent de Jésus, qui devient responsable de la communauté chrétienne de Jérusalem. À distinguer de l'apôtre Jacques fils de Zébédée.

Sa mention élargit le cercle des témoins au-delà des Douze et rejoint l'autorité de l'Église de Jérusalem.

Mots à connaître
Évangile / Bonne Nouvelle

Le mot grec traduit par « Évangile » signifie littéralement « bonne nouvelle ». Chez Paul, il ne désigne pas un livre — les évangiles écrits ne circulent pas encore — mais l'annonce orale de ce que Dieu a fait en Jésus.

transmettre et recevoir

Ces deux verbes forment un couple technique dans les écoles juives : le maître transmet mot pour mot ce qu'il a reçu de son propre maître. Paul les emploie pour signaler qu'il ne présente pas sa théologie personnelle mais un dépôt commun, formulé avant lui.

conformément aux Écritures

« Les Écritures » désignent ici les livres saints d'Israël, ce que les chrétiens appelleront l'Ancien Testament. Affirmer que la mort et la résurrection du Christ s'y accordent, c'est dire qu'elles accomplissent une histoire commencée bien avant, et non qu'elles surgissent de nulle part.

le troisième jour

Dans le comptage juif, le jour commencé compte pour un jour entier : du vendredi soir au dimanche matin, on est au troisième jour. L'expression est une donnée de la formule de foi, pas un calcul d'horaire.

endormis dans la mort

Image courante chez les premiers chrétiens pour désigner les défunts. Elle n'atténue pas la réalité de la mort mais suggère l'attente d'un réveil, ce qui prépare précisément l'argument du chapitre sur la résurrection.

« avorton »

Traduction d'un mot grec très rude, qui désigne un enfant né avant terme, non viable. Paul l'applique à lui-même, peut-être en reprenant une insulte de ses adversaires, pour marquer le caractère anormal et tardif de sa vocation.

Ailleurs dans l’Écriture
Lc 24, 33-34

Les disciples revenus d'Emmaüs entendent la communauté de Jérusalem affirmer que le Seigneur est apparu à Simon. C'est le seul écho narratif, dans les évangiles, de l'apparition à Pierre que Paul place en tête de sa liste : l'apparition est mentionnée sans être racontée. Le rapprochement montre que Paul transmet une tradition déjà fixée avant la mise en écrit des évangiles.

Ga 1, 13-16

Dans sa lettre aux Galates, Paul raconte lui-même son passé de persécuteur et l'appel reçu de Dieu. Les deux textes se recoupent sur l'essentiel — la persécution, puis la grâce — mais Galates insiste sur l'indépendance de sa mission, alors qu'ici il souligne au contraire sa dépendance à l'égard d'une tradition reçue.

Ac 9, 1-19

Le livre des Actes des Apôtres raconte en récit ce que Paul évoque ici allusivement : sa route vers Damas pour arrêter des chrétiens, et le retournement qui s'ensuit. Les Actes en font une scène dramatique ; Paul, lui, la range sobrement dans la série des apparitions du Ressuscité.

Is 53, 4-6 Ancien Testament

Le quatrième chant du serviteur souffrant, chez le prophète Isaïe, décrit un juste qui porte les fautes de la multitude. C'est l'un des textes qui permettent aux premiers chrétiens d'affirmer que la mort du Christ « pour nos péchés » s'accorde aux Écritures d'Israël, et non qu'elle les contredit.

Clés de lecture
Une formule plus ancienne que la lettre

Le cœur du passage — mort, mise au tombeau, résurrection, apparitions — a la forme d'un texte appris. Paul l'ayant reçu, il faut le faire remonter aux toutes premières années après la mort de Jésus. C'est ce qui donne à ces lignes leur poids documentaire particulier.

Une liste de témoins qui s'élargit

L'énumération va de Pierre aux Douze, puis à un groupe très large, puis à Jacques et à l'ensemble des envoyés, pour finir sur Paul lui-même. La progression n'est pas décorative : elle multiplie les garants et rend l'annonce vérifiable, en précisant même que beaucoup de ces témoins sont encore en vie.

Le renversement final

Paul, dernier de la série et ancien persécuteur, se dit à la fois le plus petit et celui qui a le plus travaillé. La tension se résout par le mot grâce : ce qu'il est, il ne l'a pas produit. L'argument sert la démonstration d'ensemble — même un adversaire de l'Église a pu devenir témoin du Ressuscité.

Rappeler avant de discuter

Paul ne réfute pas d'emblée ceux qui nient la résurrection des morts. Il commence par établir le terrain d'accord, ce que les Corinthiens ont eux-mêmes reçu et sur quoi ils tiennent debout. La conclusion du passage, qui associe son annonce et leur foi, ferme ce préalable et ouvre la démonstration.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul fait ici œuvre de mémoire : il cite le résumé de foi commun aux premières communautés et y adosse son propre témoignage, pour ramener des chrétiens hésitants à ce qu'ils ont reçu. Le texte atteste que l'annonce de la résurrection n'est pas une élaboration tardive mais le contenu premier de la prédication chrétienne.

La tradition catholique y voit l'un des fondements de sa compréhension de la Tradition : la foi se reçoit et se transmet, elle n'est l'invention de personne, et les Apôtres en sont les témoins qualifiés. Elle y lit aussi que la mort du Christ n'est pas un accident mais un acte pour le salut, et que la résurrection est l'événement sur lequel tout repose. Enfin, le retournement de Paul persécuteur en apôtre est lu comme le modèle de ce que la grâce opère : elle ne supprime pas l'effort humain, elle le rend possible.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ce n'est pas un récit, mais un rappel argumenté insérant une formule de foi — un résumé fixe, appris par cœur et transmis oralement, comparable à un noyau de credo. Le vocabulaire employé (recevoir, transmettre) est celui de la transmission des enseignements dans le judaïsme de l'époque. Il faut donc lire ces lignes comme une citation solennelle, non comme une composition libre de Paul, ce qui explique leur style dense et rythmé. La partie finale, où Paul parle de lui, relève au contraire du plaidoyer personnel.

Qui écrit, et pour qui

La lettre est de Paul, écrite vers 54-57, probablement d'Éphèse, à la communauté chrétienne de Corinthe qu'il avait fondée quelques années plus tôt. Il répond à des nouvelles inquiétantes et à des questions posées : divisions, désordres moraux, conflits sur les repas communautaires et les dons spirituels. L'attribution à Paul n'est pas discutée par les spécialistes ; en revanche, on débat de la manière dont plusieurs échanges de courrier ont pu être rassemblés dans la lettre telle que nous l'avons. Le passage lui-même contient une formule de foi antérieure à Paul, qu'il dit avoir reçue : c'est donc un témoignage sur ce que croyaient les chrétiens dès les toutes premières années.

Lectures et références
  • 1 Co 15, 14 — Quelques versets plus loin, Paul tire la conséquence de ce rappel : sans la résurrection du Christ, la prédication et la foi seraient vides.
  • 1 Co 11, 23 — Même vocabulaire de réception et de transmission, appliqué au récit de la Cène : Paul procède deux fois de la même manière.
  • Catéchisme, § 639 — Le Catéchisme s'appuie sur ce passage pour présenter le témoignage apostolique de la résurrection.
  • Catéchisme, § 186 — Sur la formulation de la foi en résumés brefs, transmis dans l'Église.

À retenir

Avant de discuter avec des Corinthiens qui doutent de la résurrection, Paul cite le résumé de foi qu'il a lui-même reçu, avec sa liste de témoins, et se range en dernier parmi eux.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 117, 1-2 . 117, 16-17 . 117, 28 . 117, 21

1 Célébrez Yahweh, car il est bon, car sa miséricorde est éternelle.

2 Qu’Israël dise : « Oui, sa miséricorde est éternelle ! »

16 la droite de Yahweh est élevée, la droite de Yahweh a déployé sa force.

17 Je ne mourrai pas, je vivrai, et je raconterai les œuvres de Yahweh.

28 Tu es mon Dieu, et je te célébrerai ; mon Dieu, et je t’exalterai. Tous ensemble.

21 Je te célébrerai, parce que tu m’as exaucé, et que tu as été mon salut.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 7, 36-50

« Ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour »

36 Un Pharisien ayant prié Jésus de manger avec lui, il entra dans sa maison et se mit à table.

37 Et voici qu’une femme qui menait dans la ville une vie déréglée, ayant su qu’il était à table dans la maison du Pharisien, apporta un vase d’albâtre plein de parfum ;

38 et se tenant derrière lui, à ses pieds, tout en pleurs, elle se mit à les arroser de ses larmes et à les essuyer avec les cheveux de sa tête, et elle les baisait et les oignait de parfum.

39 À cette vue, le Pharisien qui l’avait invité, dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait qui et de quelle espèce est la femme qui le touche, et que c’est une pécheresse. »

40 Alors prenant la parole, Jésus lui dit : « Simon, j’ai quelque chose à te dire. » — « Maître, parlez », dit-il. —

41 « Un créancier avait deux débiteurs ; l’un devait cinq cents deniers et l’autre cinquante.

42 Comme ils n’avaient pas de quoi payer leur dette, il en fit grâce à tous deux. Lequel donc l’aimera davantage ? »

43 Simon répondit : « Celui, je pense, auquel il a fait grâce de la plus forte somme. » Jésus lui dit : « Tu as bien jugé. »

44 Et, se tournant vers la femme, il dit à Simon : « Vois-tu cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu n’as pas versé d’eau sur mes pieds ; mais elle, elle les a mouillés de ses larmes, et les a essuyés avec ses cheveux.

45 Tu ne m’as pas donné de baiser ; mais elle, depuis que je suis entré, elle n’a cessé de me baiser les pieds.

46 Tu n’as pas oint ma tête d’huile, mais elle a oint mes pieds de parfum.

47 C’est pourquoi, je te le déclare, ses nombreux péchés lui sont pardonnés, parce qu’elle a beaucoup aimé ; mais celui à qui l’on pardonne peu, aime peu. »

48 Puis il dit à la femme : « Tes péchés te sont pardonnés. »

49 Et ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes : « Qui est celui-ci qui remet même les péchés ? »

50 Mais Jésus dit à la femme : « Ta foi t’a sauvée, va en paix. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On est au cœur du ministère de Jésus en Galilée, la région du nord où il a commencé à prêcher. Juste avant, l'évangile de Luc rapporte que Jésus, constatant les critiques dont il fait l'objet, cite le reproche qu'on lui adresse : être un ami des collecteurs d'impôts et des pécheurs. Le repas chez le pharisien vient immédiatement après, comme une illustration concrète de ce reproche.

Juste après, Luc énumère les femmes qui accompagnent Jésus et l'aident de leurs biens — Marie Madeleine, Jeanne, Suzanne. Le récit du repas s'insère donc entre une accusation et la mention de femmes disciples, ce qui n'est pas indifférent.

En semaine, la liturgie parcourt l'évangile de Luc en continu, chapitre après chapitre : le découpage suit simplement l'ordre du livre.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Prédicateur itinérant de Galilée, au centre de tout le récit de Luc ; il guérit, enseigne et se lie aux gens mis à l'écart.

Il accepte l'invitation d'un notable, lit la pensée de son hôte, raconte une courte parabole et déclare à la femme que ses péchés sont pardonnés.

Simon, le pharisien

Les pharisiens formaient un courant religieux juif attaché à l'observance exacte de la Loi et à la pureté rituelle ; ce n'étaient pas des prêtres, mais des laïcs influents. Luc lui donne ici un nom : Simon.

Hôte poli mais distant, il juge intérieurement Jésus et la femme ; c'est à lui que Jésus adresse la parabole et la comparaison des gestes d'accueil.

la femme, une pécheresse

Une habitante de la ville, désignée sans nom. Le mot employé la range parmi les personnes publiquement considérées comme de mauvaise vie ; le texte ne précise rien de plus.

Elle entre sans y être invitée et multiplie envers Jésus des gestes de tendresse et d'honneur ; elle ne prononce pas un mot de tout le récit.

les convives

Les autres invités du repas, dont Luc ne dit rien sinon qu'ils sont présents à table.

Leur question intérieure sur l'identité de celui qui ose remettre les péchés relance, à la fin, l'enjeu véritable de la scène.

Mots à connaître
prendre place à table

Dans un repas d'apparat du monde méditerranéen antique, on ne s'asseyait pas mais on s'étendait sur des lits bas, accoudé, les pieds tournés vers l'extérieur. C'est ce qui rend matériellement possible qu'une personne debout derrière les convives atteigne les pieds de Jésus.

le flacon d'albâtre et le parfum

L'albâtre est une pierre claire dans laquelle on taillait de petits vases servant à conserver les huiles parfumées, très coûteuses. Un tel flacon représentait une valeur considérable, parfois l'équivalent de plusieurs mois de salaire.

les gestes d'hospitalité omis

Recevoir un hôte de marque impliquait de lui faire donner de l'eau pour ses pieds poussiéreux, de l'accueillir par un baiser et de lui parfumer la tête d'un peu d'huile. Simon n'a rien fait de tout cela : sans être une injure, c'est un accueil minimal, que Jésus relève point par point.

les cheveux dénoués

Une femme adulte ne dénouait pas ses cheveux en public dans cette société ; le faire devant des hommes attablés était très inconvenant. Le geste dit à la fois l'audace de la femme et son indifférence au regard des autres.

cinq cents et cinquante pièces d'argent

Il s'agit de deniers, la pièce correspondant à une journée de travail d'un ouvrier. Cinq cents deniers représentent donc près de deux ans de salaire, cinquante moins de deux mois : l'écart est de un à dix, mais aucune des deux dettes n'est remboursable.

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 14, 3-9 même épisode, autre évangile

Marc raconte une femme qui verse un parfum précieux sur la tête de Jésus, à Béthanie, chez un certain Simon le lépreux, quelques jours avant la Passion. Le décor est proche — un Simon, un flacon d'albâtre, un parfum — mais le sens diffère entièrement : il s'agit d'une onction annonçant la sépulture, et la question débattue est le gaspillage de l'argent, non le pardon. Ces deux récits sont vraisemblablement distincts, même si leur ressemblance a très tôt frappé les lecteurs.

Jn 12, 1-8 même épisode, autre évangile

Jean situe lui aussi l'onction à Béthanie avant la Passion, mais nomme la femme : Marie, sœur de Marthe et de Lazare ; comme chez Luc, elle oint les pieds et les essuie de ses cheveux. Ce détail commun explique que la tradition ait parfois fondu ces figures en une seule. Le texte de Luc, lui, ne donne aucun nom à la pécheresse et ne l'identifie pas à Marie Madeleine.

Lc 5, 20-21

Lors de la guérison du paralytique, Jésus déclare déjà les péchés pardonnés, et ses interlocuteurs objectent que Dieu seul peut le faire. La réaction des convives, à la fin du repas chez Simon, reprend exactement cette interrogation. Luc construit ainsi, d'un épisode à l'autre, la question de l'identité de Jésus.

Lc 7, 34

Quelques versets plus haut, Jésus rapporte le surnom qu'on lui donne : ami des collecteurs d'impôts et des pécheurs. Le repas chez Simon met la scène sous les yeux du lecteur et donne raison, à sa manière, à l'accusation.

Clés de lecture
La parabole retourne le jugement

Simon juge la femme d'après son passé et juge Jésus d'après sa réaction. La parabole des deux débiteurs le fait répondre à une question apparemment neutre, puis Jésus lui applique sa propre réponse. Le procédé est celui du piège argumentatif : l'interlocuteur se condamne par sa propre logique.

Le pardon vient avant l'amour

Le mot traduit par « puisqu'elle a montré beaucoup d'amour » pourrait laisser croire que l'affection de la femme achète son pardon. Mais la parabole dit l'inverse : dans l'histoire, la remise de dette précède la reconnaissance, et c'est elle qui la produit. L'amour de la femme est donc le signe visible d'un pardon déjà reçu, non son prix.

Une femme silencieuse, une parole finale

La femme ne dit rien du début à la fin ; tout passe par ses gestes. Les deux seules paroles qui lui sont adressées — le pardon, puis l'envoi en paix — encadrent la question des convives sur l'identité de celui qui parle ainsi. Luc oriente ainsi la scène vers la personne de Jésus autant que vers le pardon.

La foi, dernier mot

La phrase de conclusion attribue le salut non aux larmes ni au parfum, mais à la foi de la femme. C'est une formule que Luc met plusieurs fois dans la bouche de Jésus après une guérison, ce qui rapproche ici le pardon des péchés d'une guérison.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le récit montre Jésus accueillant une femme méprisée et déclarant ses péchés remis, ce qui provoque immédiatement la question de son autorité : dans la foi d'Israël, seul Dieu remet les péchés. La tradition catholique lit là une révélation discrète de l'identité divine du Christ, en cohérence avec d'autres scènes de l'évangile.

Dans une lecture spirituelle, l'Église a vu dans cette femme la figure du pécheur pardonné, et dans la comparaison entre elle et Simon un avertissement : celui qui ne se sait pas débiteur reste étranger à la joie du pardon. Ce texte est classiquement rapproché du sacrement de la réconciliation, où l'Église exerce le pouvoir de pardonner reçu du Christ. Une tradition occidentale ancienne a identifié cette pécheresse à Marie Madeleine ; le texte de Luc ne le dit pas, et cette identification n'est pas retenue aujourd'hui.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est un récit de repas qui tourne à la controverse : un geste scandalise, un jugement silencieux est formulé, Jésus y répond. Au centre, une parabole très brève — deux débiteurs, une remise de dette — sert d'argument, comme une question de logique posée à l'hôte.

Lire ce texte suppose de suivre le raisonnement plus que l'émotion : la parabole n'est pas une image décorative, elle conduit Simon à prononcer lui-même la conclusion que Jésus lui appliquera.

Qui écrit, et pour qui

Le troisième évangile est attribué par la tradition à Luc, présenté comme un compagnon de l'apôtre Paul, de culture grecque et non témoin direct des faits. Il déclare lui-même, en ouverture, avoir enquêté auprès de témoins pour écrire un récit ordonné à l'intention d'un certain Théophile.

La plupart des spécialistes situent la rédaction vers les années 80-90, pour des communautés chrétiennes de langue grecque. Ce même auteur a écrit les Actes des Apôtres, qui prolongent l'évangile. Luc s'intéresse particulièrement aux pauvres, aux femmes et aux pécheurs pardonnés : ce récit est caractéristique de ses choix.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 1441 — Rappelle que Dieu seul pardonne les péchés et que Jésus, en le faisant, manifeste qu'il est Dieu.
  • Catéchisme, § 545 — Présente Jésus invitant les pécheurs à la table du Royaume, ce que la scène met en acte.
  • Lc 8, 1-3 — Les versets qui suivent immédiatement montrent des femmes accompagnant Jésus, dans le prolongement de cette scène.
  • Lc 15, 1-2 — Même reproche adressé à Jésus de manger avec les pécheurs, suivi là aussi de paraboles sur ce qui était perdu.
  • Lc 8, 48 — La même parole sur la foi qui sauve conclut la guérison de la femme atteinte d'hémorragies.

À retenir

La parabole des deux débiteurs inverse l'ordre que le lecteur croit voir : ce n'est pas l'amour de la femme qui lui obtient le pardon, c'est le pardon reçu qui rend capable d'aimer ainsi.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

Bède

L’Évangéliste venait de dire : « Et tout le peuple qui l’écoutait, reconnut la justice de Dieu, s’étant fait baptiser du baptême de Jean ; » il établit maintenant par des faits la même vérité, c’est-à-dire que la sagesse a été justifiée par les justes et par les pêcheurs repentants. « Or, un des pharisiens le pria de manger avec lui, » etc.

S. Grég. de Nysse

(sur la femme pécher.) Ce récit renferme une leçon des plus utiles. En effet, la plupart de ceux qui se croient justes, enflés par la présomption et la vanité de leurs pensées, se séparent eux-mêmes comme des agneaux qui se séparent des boucs, avant que le jugement véritable vienne faire ce discernement ; ils refusent de manger avec la foule, et ils ont en abomination tous ceux qui fuient les extrêmes, et gardent le juste milieu dans la conduite de la vie. Or, saint Luc, médecin des âmes bien plus que des corps, nous montre Dieu lui-même et notre Sauveur visitant avec bonté tous les hommes : « Il entra dans la maison du pharisien et se mit à table, » non pour prendre quelque chose de sa vie coupable, mais pour le rendre participant de sa propre justice.

S. Cyrille

Cependant une femme de mauvaise vie, mais conduite par un sentiment d’amour divin, vient trouver Jésus-Christ, comme celui qui peut la délivrer de toutes ses fautes, et lui accorder le pardon de ses crimes : « Et voilà qu’une femme, connue dans la ville pour pécheresse, apporta un vase de parfums, » etc.

Bède

L’albâtre est une espèce de marbre nuancé de diverses couleurs, on en fait des vases destinés à contenir des parfums, qu’ils conservent, dit-on, sans altération.

32 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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