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S. Corneille, pape, et S. Cyprien, évêque, martyrs

24ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

1 Corinthiens 12, 31 – 13, 13

« Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité »

31 Aspirez aux dons supérieurs. Aussi bien je vais vous montrer une voie excellente entre toutes.

1 Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit.

2 Quand j’aurais le don de prophétie, que je connaîtrais tous les mystères, et que je posséderais toute science ; quand j’aurais même toute la foi, jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien.

3 Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien.

4 La charité est patiente, elle est bonne ; la charité n’est pas envieuse, la charité n’est pas inconsidérée, elle ne s’enfle pas d’orgueil ;

5 elle ne fait rien d’inconvenant, elle ne cherche pas son intérêt, elle ne s’irrite pas, elle ne tient pas compte du mal ;

6 elle ne prend pas plaisir à l’injustice, mais elle se réjouit de la vérité ;

7 elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout.

8 La charité ne passera jamais. S’agit-il des prophéties, elles prendront fin ; des langues, elles cesseront ; de la science, elle aura son terme.

9 Car nous ne connaissons qu’en partie, et nous ne prophétisons qu’en partie ;

10 or, quand sera venu ce qui est parfait, ce qui est partiel prendra fin.

11 Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; lorsque je suis devenu homme, j’ai laissé là ce qui était de l’enfant.

12 Maintenant nous voyons dans un miroir, d’une manière obscure, mais alors [nous verrons] face à face ; aujourd’hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme je suis connu.

13 Maintenant ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance, la charité ; mais la plus grande des trois c’est la charité.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La lettre appelée première aux Corinthiens est adressée par Paul à une jeune communauté chrétienne de Grèce traversée par des rivalités. Aux chapitres 12 à 14, il traite d'une question précise qu'on lui a soumise : les charismes, c'est-à-dire les dons particuliers que l'Esprit répartit entre les croyants (parler en langues, prophétiser, guérir, enseigner). Certains s'en servaient pour se hausser au-dessus des autres.

Juste avant notre passage, Paul a comparé l'Église à un corps dont chaque membre est nécessaire. La phrase de transition, en 12, 31, annonce quelque chose de plus décisif que les dons eux-mêmes : c'est ce chemin que développe tout le chapitre 13. Aussitôt après, au chapitre 14, Paul revient très concrètement aux assemblées de Corinthe et à l'ordre à y tenir.

En semaine, la première lecture suit son propre parcours continu à travers un livre biblique : on lit ici 1 Corinthiens de bout en bout, chapitre après chapitre.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif de Tarse, d'abord adversaire des premiers chrétiens, devenu après une expérience bouleversante du Christ ressuscité le principal missionnaire du christianisme naissant dans le monde grec. Il fonde des communautés puis leur écrit pour les corriger et les encourager : ce sont les épîtres, ces lettres devenues livres du Nouveau Testament.

Il est le seul locuteur du passage. Il parle à la première personne, s'incluant dans les hypothèses qu'il formule, pour ne pas donner l'impression de faire la leçon d'en haut.

Les Corinthiens

Les membres de la communauté chrétienne de Corinthe, grand port commercial et cosmopolite du sud de la Grèce. Majoritairement issus du paganisme, socialement contrastés, ils sont enthousiastes mais divisés en clans.

Destinataires implicites, désignés au début par l'appellation fraternelle habituelle de Paul. Ce sont eux qui surestiment les dons spectaculaires, en particulier le parler en langues, et que Paul cherche à réorienter.

Mots à connaître
Le don des langues

Une forme de prière extatique attestée dans les premières communautés, où le croyant s'exprime dans un langage inintelligible pour l'assemblée. À Corinthe, ce don était particulièrement prisé parce qu'il était spectaculaire ; Paul ne le rejette pas mais le place très bas dans son échelle des valeurs.

Prophétiser

Dans le vocabulaire de Paul, prophétiser ne signifie pas prédire l'avenir mais parler de la part de Dieu pour éclairer, avertir ou consoler la communauté. C'est le don qu'il juge le plus utile, parce qu'il édifie les autres au lieu de valoriser celui qui l'exerce.

Le cuivre qui résonne et la cymbale

Instruments de bronze produisant un son fort et vide de sens, associés dans le monde grec aux cultes à mystères et à leurs cérémonies bruyantes. Pour des Corinthiens qui venaient du paganisme, la comparaison était mordante : une parole religieuse sans amour ne vaut pas mieux que le vacarme d'un culte qu'ils ont quitté.

Le miroir

Dans l'Antiquité, un miroir est une plaque de métal poli, souvent de bronze ; Corinthe était d'ailleurs réputée pour sa production. L'image renvoyée est réelle mais terne et déformée : l'image ne dit pas que la connaissance actuelle serait fausse, mais qu'elle est indirecte.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« charité » et « amour » employés en alternance

Les deux mots traduisent un seul terme grec, agapè, qui désigne l'amour de bienveillance effective. « Charité » a pris en français courant le sens restreint d'aumône, ce qui explique que la traduction recoure aussi à « amour ».

Ailleurs dans l’Écriture
Rm 13, 8-10

Dans sa lettre aux chrétiens de Rome, Paul soutient que l'amour du prochain accomplit à lui seul tous les commandements. Le rapprochement montre que le chapitre 13 de 1 Corinthiens n'est pas un morceau lyrique isolé : il exprime une conviction constante de Paul, formulée ici sous forme d'éloge poétique, ailleurs sous forme d'argument moral.

Ga 5, 6

Aux Galates, Paul écrit que ce qui compte, c'est la foi agissant par la charité. Cette brève formule dit en une ligne ce que l'hymne déploie longuement : la foi n'est pas mise en concurrence avec l'amour, elle trouve en lui sa forme achevée.

Mt 17, 20

Jésus y parle d'une foi capable de déplacer une montagne. L'image que Paul emploie au verset 2 vient donc du langage de Jésus lui-même, ce qui rend son propos plus radical encore : même cette foi-là, sans amour, ne fait de celui qui la possède rien du tout.

Nb 12, 8 Ancien Testament

Il y est dit que Dieu parle à Moïse bouche à bouche, en le laissant voir, et non par énigmes — alors qu'aux autres prophètes il se manifeste en songes. Paul reprend ce vocabulaire de la vision indirecte pour décrire la condition présente des croyants, et il promet à tous ce qui était réservé à Moïse.

Clés de lecture
Trois mouvements

Le texte avance en trois temps nets : d'abord ce que valent les dons les plus impressionnants s'ils sont privés d'amour — rien ; puis un portrait de l'amour fait presque uniquement de verbes, c'est-à-dire d'actes et non de sentiments ; enfin la comparaison des durées, où l'amour seul traverse la fin du monde présent.

Une hiérarchie, non un rejet

Paul ne condamne aucun charisme : il vient d'inviter à les rechercher. Ce qu'il conteste, c'est l'idée qu'un don puisse mesurer la valeur de celui qui le porte. L'amour n'est pas un don de plus dans la liste, c'est la manière dont tous doivent être exercés.

Le partiel et l'achevé

La dernière partie oppose deux régimes de connaissance, l'actuel et celui qui vient, par trois images : l'enfant et l'adulte, le miroir et le face-à-face, la connaissance partielle et la connaissance pleine. Ce n'est pas un mépris du présent : le partiel est vrai, mais provisoire.

Pourquoi la charité est la plus grande

La conclusion nomme trois attitudes qui demeurent. La foi et l'espérance supposent qu'on ne voie pas encore et qu'on n'ait pas encore ; quand la vision sera donnée, elles auront atteint leur terme. L'amour, lui, n'est pas rendu inutile par l'accomplissement : c'est en cela qu'il l'emporte.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul règle un conflit précis : à Corinthe, des chrétiens se prévalent de leurs dons spirituels et méprisent les autres. Sa réponse est que la valeur d'une vie chrétienne ne se mesure ni aux performances religieuses ni au sacrifice héroïque, mais à l'amour qui les habite ou non.

La tradition catholique lit ce chapitre à deux niveaux supplémentaires. Le portrait de l'amour aux versets 4 à 7 est reçu comme un portrait du Christ lui-même : ces verbes décrivent exactement sa manière d'agir jusqu'à la croix, si bien que le texte devient moins une exigence morale qu'une description de ce que la grâce rend possible. Et la finale a donné son nom aux trois vertus théologales — foi, espérance, charité —, ces dispositions que la théologie catholique tient pour données par Dieu et orientées vers lui.

Le passage a enfin une portée sur les fins dernières : la promesse du face-à-face désigne ce que la tradition appelle la vision de Dieu, terme de l'espérance chrétienne.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Le chapitre 13 est un éloge, genre bien connu de la rhétorique grecque : on y célèbre une réalité en énumérant ce qu'elle vaut, ce qu'elle fait, ce qu'elle dure. La construction est très travaillée — trois mouvements, rythme régulier, répétitions — au point qu'on parle traditionnellement d'hymne.

Ce n'est donc pas une définition de l'amour, ni un code de conduite. C'est un texte fait pour déplacer le jugement de l'auditeur, inséré au milieu d'une discussion très concrète sur la vie d'une assemblée.

Qui écrit, et pour qui

L'auteur est Paul, qui a fondé la communauté de Corinthe vers 50-51 et lui écrit ensuite, probablement depuis Éphèse, autour des années 53-56. L'authenticité paulinienne de cette lettre n'est pas discutée.

Il répond à des nouvelles inquiétantes reçues par des visiteurs, et à une lettre de questions que les Corinthiens lui ont adressée. Le ton est celui d'un fondateur qui reste responsable de ce qu'il a commencé : il argumente, il reprend, il persuade, en s'adaptant à des interlocuteurs de culture grecque friands d'éloquence et de sagesse.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 1813 — Présentation des trois vertus théologales que la finale du chapitre énumère.
  • Catéchisme, § 1826 — Le Catéchisme s'appuie directement sur ce chapitre pour établir la primauté de la charité sur tous les charismes.
  • 1 Co 12, 4-11 — La liste des dons de l'Esprit qui précède immédiatement et que l'hymne vient relativiser.
  • 1 Co 14, 1 — Après l'hymne, Paul reprend son argumentation en articulant explicitement la recherche de l'amour et celle des dons spirituels.
  • Ex 33, 11 — Le face-à-face accordé à Moïse, arrière-plan biblique de la promesse finale.

À retenir

Au milieu d'une querelle sur les dons spirituels, Paul déplace le critère : ce qui donne sa valeur à une vie chrétienne n'est pas ce qu'on sait faire, mais l'amour qui l'anime — le seul qui subsiste quand tout le reste aura atteint son terme.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 32, 2-3 . 32, 4-5 . 32, 12 . 32, 22

2 Célébrez Yahweh avec la harpe, chantez-le sur le luth à dix cordes.

3 Chantez à sa gloire un cantique nouveau ; unissez avec art vos instruments et vos voix.

4 Car la parole de Yahweh est droite, et toutes ses œuvres s’accomplissent dans la fidélité.

5 il aime la justice et la droiture ; la terre est remplie de la bonté de Yahweh.

12 Heureuse la nation dont Yahweh est le Dieu, heureux le peuple qu’il a choisi pour son héritage !

22 Yahweh, que ta grâce soit sur nous, comme nous espérons en toi !

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 7, 31-35

« Nous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé. Nous avons chanté des lamentations, et vous n’avez pas pleuré »

31 « À qui donc, dit encore le Seigneur, comparerai-je les hommes de cette génération ? À qui sont-ils semblables ?

32 Ils sont semblables à des enfants assis dans la place publique, qui s’interpellent entre eux et se disent les uns aux autres : Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ; nous vous avons chanté des complaintes, et vous n’avez pas pleuré.

33 Car Jean-Baptiste est venu, ne mangeant pas de pain et ne buvant pas de vin, et vous dites : Il est possédé du démon.

34 Le Fils de l’homme est venu mangeant et buvant, et vous dites : C’est un homme de bonne chère et un buveur, un ami des publicains et des gens de mauvaise vie.

35 Mais la Sagesse a été justifiée par tous ses enfants. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On est au milieu de l'évangile selon Luc, pendant le ministère de Jésus en Galilée. Juste avant, des envoyés de Jean le Baptiste — le prophète qui baptisait au Jourdain et annonçait la venue d'un plus grand que lui — sont venus demander à Jésus s'il était bien celui qu'on attendait (Lc 7, 18-23). Jésus a alors fait l'éloge de Jean devant la foule, en notant que le peuple avait accueilli son baptême tandis que les responsables religieux l'avaient refusé (Lc 7, 24-30).

Notre passage prolonge directement ce constat : Jésus cherche une comparaison pour décrire l'attitude de ses contemporains qui refusent à la fois Jean et lui-même.

Juste après vient le repas chez un pharisien où une femme de mauvaise réputation vient pleurer aux pieds de Jésus (Lc 7, 36-50) : la scène illustre concrètement le reproche d'être « ami des pécheurs » que Jésus vient de citer. Le passage est lu un jour de semaine, dans la traversée continue de l'évangile de Luc.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le maître itinérant de Galilée dont Luc raconte la vie publique ; il enseigne surtout par de brèves comparaisons tirées de la vie quotidienne.

Il prend l'initiative de la parole et propose une image pour nommer le refus qui l'entoure ; il rapporte les critiques dont Jean et lui font l'objet sans les reprendre à son compte.

la foule

L'auditoire ordinaire de Jésus en Galilée : des gens du peuple, sans fonction religieuse particulière, dont Luc vient de dire qu'ils avaient accepté le baptême de Jean.

Elle est l'auditrice directe du propos. Jésus ne l'identifie pas purement et simplement aux « gens de cette génération » qu'il critique : il lui donne à réfléchir sur ce refus.

« les gens de cette génération »

Expression biblique qui désigne non pas une classe d'âge mais une manière collective de se comporter devant Dieu ; dans le contexte, elle vise en premier lieu ceux qui ont écarté le baptême de Jean, notamment les pharisiens et les spécialistes de la Loi mentionnés au verset 30.

Ils sont comparés à des enfants qui refusent tour à tour tous les jeux proposés : quelle que soit la manière dont Dieu s'approche, ils trouvent un motif de refus.

Jean le Baptiste

Prophète, cousin de Jésus selon Luc, qui appelait à la conversion et baptisait dans le Jourdain ; son mode de vie était marqué par un jeûne rigoureux.

Il représente le premier mode d'approche de Dieu, austère. Jésus rappelle qu'on l'a accusé d'être habité par un esprit mauvais : le reproche est cité comme un exemple de mauvaise foi.

les publicains

Collecteurs d'impôts et de taxes pour le compte de l'occupant romain ou de ses délégués ; méprisés comme collaborateurs et soupçonnés de s'enrichir sur le dos du peuple.

Ils apparaissent dans une insulte adressée à Jésus, dont Luc fera pourtant un trait central de son évangile : Jésus mange effectivement avec eux.

Mots à connaître
la flûte et les lamentations

Les enfants imitent les deux grandes cérémonies collectives du village : le mariage, avec sa musique et ses danses, et l'enterrement, avec ses pleureuses professionnelles et ses chants funèbres. Ce sont les deux extrêmes de la vie sociale, la fête et le deuil.

la place

L'espace public d'un bourg de Galilée, à la fois marché, lieu de rassemblement et terrain de jeu. C'est là que se déroulent aussi bien les transactions que les discussions publiques.

le Fils de l'homme

Expression que Jésus emploie couramment pour se désigner lui-même dans les évangiles. Elle vient du livre de Daniel (Dn 7, 13), où une figure mystérieuse reçoit de Dieu la royauté ; elle dit à la fois l'humanité et la mission reçue d'en haut.

la sagesse de Dieu

Dans les livres bibliques les plus tardifs, la sagesse divine est présentée comme une personne qui parle, invite et se fait des disciples (voir Pr 8). Ici, elle désigne la manière dont Dieu conduit son plan, et ses « enfants » sont ceux qui l'accueillent.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 11, 16-19 même épisode, autre évangile

Matthieu raconte le même enseignement, également juste après l'éloge de Jean le Baptiste : les deux évangélistes l'ont donc reçu dans le même ensemble. La conclusion diffère : Matthieu dit que la Sagesse a été justifiée par ses œuvres, Luc parle de ses enfants. Luc regarde ainsi vers les personnes qui ont accueilli Jean puis Jésus, ce qui prépare la scène de la femme pardonnée qui suit immédiatement.

Dt 21, 18-21 Ancien Testament

La Loi de Moïse prévoyait une sanction très grave contre le fils rebelle que ses parents dénoncent comme débauché et ivrogne. Les mots employés contre Jésus dans notre passage ne sont donc pas une simple moquerie : ils l'accusent implicitement d'être un homme à retrancher du peuple. Cela mesure la violence du reproche que Jésus cite.

Lc 1, 15

Dès l'annonce de sa naissance, Luc présente Jean le Baptiste comme celui qui ne boira ni vin ni boisson enivrante. Le mode de vie austère rappelé ici n'est donc pas une excentricité mais une vocation reçue. Cela souligne l'injustice du jugement porté sur lui.

Lc 15, 1-2

Plus loin, Luc rapporte à nouveau le murmure des pharisiens et des scribes contre Jésus qui accueille les pécheurs et mange avec eux. C'est en réponse à ce reproche que Jésus racontera les paraboles de la brebis perdue et du fils prodigue. Le grief cité dans notre passage est donc un fil qui traverse tout l'évangile de Luc.

Clés de lecture
Un refus qui se retourne

Les enfants de la comparaison reprochent aux autres de n'avoir joué ni le mariage ni les funérailles : aucune proposition ne trouve grâce. L'image dénonce un refus qui précède les raisons qu'il se donne.

Deux styles, un même rejet

Jean jeûne, on l'accuse d'être habité par un esprit mauvais ; Jésus partage les repas, on le traite de bon vivant sans retenue. Les deux reproches sont exactement inverses, ce qui montre qu'ils ne portent pas sur les faits mais expriment une hostilité de principe.

L'insulte devenue signature

Le grief d'être proche des collecteurs d'impôts et des pécheurs est cité comme une calomnie, mais Luc ne le dément pas : il en fait au contraire un trait constant de Jésus, illustré dès la scène qui suit et jusqu'aux paraboles du chapitre 15. Le reproche des adversaires dit involontairement la vérité de sa mission.

Une conclusion qui ouvre

La dernière phrase déplace le regard : au lieu de s'arrêter sur ceux qui refusent, elle nomme ceux qui reçoivent. Le plan de Dieu se vérifie non par la contrainte, mais dans la vie de ceux qui l'ont accueilli.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens premier, Jésus constate ici l'échec relatif de la prédication auprès des responsables religieux de son temps et met au jour le mécanisme de leur refus. Le rapprochement de Jean et de Jésus dans une même parole indique que les deux missions forment un seul mouvement : la préparation austère et l'accomplissement joyeux viennent du même envoi.

La tradition catholique lit dans ce passage un trait décisif du visage du Christ : la table partagée avec ceux que la société religieuse tenait à distance n'est pas une concession mais l'annonce du salut offert aux pécheurs, ce que l'Église prolonge dans son accueil et dans l'Eucharistie. La liberté de la foi apparaît aussi en pleine lumière : Dieu propose, il n'impose pas, et son dessein reste vérifiable dans l'existence transformée de ceux qui l'ont reçu.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'une courte parabole — une comparaison tirée de la vie ordinaire — immédiatement suivie de son application. La scène des enfants sur la place n'est pas une allégorie où chaque détail aurait un sens caché : elle vise un seul effet, l'absurdité d'un refus systématique.

Le ton est celui de l'ironie et de la controverse : Jésus rapporte les paroles de ses adversaires pour en montrer la contradiction. Il faut donc entendre les insultes citées comme des citations, non comme des jugements que le texte validerait.

Qui écrit, et pour qui

La tradition chrétienne attribue ce livre à Luc, compagnon de voyage de l'apôtre Paul, qui n'a pas connu Jésus directement mais dit avoir enquêté auprès de témoins (Lc 1, 1-4). L'ouvrage est dédié à un certain Théophile et s'adresse selon toute vraisemblance à des communautés de culture grecque, hors de Palestine.

La plupart des spécialistes situent sa rédaction dans les années 80 de notre ère, mais la date reste discutée. Luc a écrit une suite, les Actes des Apôtres, ce qui fait de son évangile la première partie d'une œuvre en deux volets.

Lectures et références
  • Lc 7, 29-30 — Les deux versets qui précèdent nomment ceux qui ont refusé le baptême de Jean et éclairent qui Jésus vise.
  • Lc 5, 29-32 — Le repas chez Lévi montre Jésus à table avec des collecteurs d'impôts et justifie sa venue pour les pécheurs.
  • Pr 8, 1-4 — La sagesse divine y est présentée comme une personne qui appelle sur les places publiques, arrière-plan de la dernière phrase du passage.
  • Catéchisme, § 588 — Le Catéchisme y explique le scandale causé par les repas de Jésus avec les pécheurs.
  • Catéchisme, § 545 — Sur l'appel des pécheurs comme cœur de la mission de Jésus.

À retenir

En rapprochant deux reproches opposés — Jean trop austère, lui trop convivial —, Jésus montre que ses contradicteurs ne refusent pas un comportement mais la démarche même de Dieu.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Chrys

(hom. 38 sur S. Matth.) Après avoir fait l’éloge de Jean-Baptiste, le Sauveur fait ressortir le crime énorme des pharisiens et des docteurs de la loi qui, même après l’exemple donné par les publicains, n’ont pas voulu recevoir le baptême de Jean.

S. Ambr

Dieu est justifié dans le baptême, lorsque les hommes se justifient eux-mêmes en confessant leurs péchés. En effet, celui qui, après avoir péché, confesse à Dieu ses fautes, justifie Dieu, en se soumettant au pouvoir de ce vainqueur, et en espérant de lui la grâce du salut.

Eusèbe

Ceux qui ont cru ont aussi justifié Dieu, car ils l’ont trouvé juste dans toutes ses œuvres. Les pharisiens, au contraire, qui refusaient d’écouter Jean-Baptiste, par un sentiment de désobéissance, se mettaient en opposition avec ces paroles du prophète : « Afin que vous soyez reconnu juste dans vos paroles. » (Ps 50.) « Or, les pharisiens et les docteurs de la loi ont méprisé le conseil de Dieu, » etc.

Bède

Cette réflexion est de l’Évangéliste, ou de Notre-Seigneur lui-même (comme plusieurs le pensent) ; cette expression : « Sur eux, » ou : « Contre eux, » signifie que celui qui méprise la grâce de Dieu, agit contre ses intérêts, ou bien encore, le Sauveur condamne ici la conduite de ces insensés et de ces ingrats, qui n’ont pas voulu recevoir le conseil que Dieu leur manifestait. Or, le conseil de Dieu, c’est le décret de sauver le monde par la passion et la mort de Jésus-Christ, conseil que les pharisiens et les docteurs de la loi ont méprisé.

13 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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