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Bienheureuse Vierge Marie de la Salette

24ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

1 Corinthiens 15, 35-37 . 15, 42-49

« Ce qui est semé périssable ressuscite impérissable »

35 Mais, dira quelqu’un : Comment les morts ressuscitent-ils ? avec quel corps reviennent-ils ?

36 Insensé ! ce que tu sèmes ne reprend pas vie, s’il ne meurt auparavant.

37 Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps qui sera un jour ; c’est un simple grain, soit de blé, soit de quelque autre semence :

42 Ainsi en est-il pour la résurrection des morts. Semé dans la corruption, le corps ressuscite, incorruptible ;

43 semé dans l’ignominie, il ressuscite glorieux ; semé dans la faiblesse, il ressuscite plein de force ;

44 semé corps animal, il ressuscite corps spirituel. S’il y a un corps animal, il y aussi un corps spirituel.

45 C’est en ce sens qu’il est écrit : « Le premier homme, Adam, a été fait âme vivante » ; le dernier Adam a été fait esprit vivifiant.

46 Mais ce n’est pas ce qui est spirituel qui a été fait d’abord, c’est ce qui est animal ; ce qui est spirituel vient ensuite.

47 Le premier homme, tiré de la terre, est terrestre ; le second vient du ciel.

48 Tel est le terrestre, tels sont aussi les terrestres ; et tel est le céleste, tels sont aussi les célestes.

49 Et de même que nous avons porté l’image du terrestre, nous porterons aussi l’image du céleste.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La première lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe règle une série de problèmes concrets dans cette communauté : divisions, moralité, repas du Seigneur, dons spirituels, charité. Tout converge vers le chapitre 15, qui aborde une dernière difficulté. Dans un milieu grec où l'idée d'un corps ressuscité paraissait absurde, certains Corinthiens niaient la résurrection des morts.

Paul a commencé par établir le fait : le Christ est ressuscité, et les croyants ressusciteront avec lui (15, 1-34). Le passage du jour ouvre la seconde partie du chapitre, qui ne traite plus du si mais du comment. Avec quel corps ? Réponse par l'image du grain semé, puis par une série d'oppositions, avant que le chapitre ne s'achève (15, 50-58) sur la transformation finale et la victoire sur la mort.

La lecture enjambe les versets 38-41, où Paul multipliait les comparaisons (plantes, animaux, soleil, lune et étoiles) pour montrer qu'il existe une grande diversité de corps et d'éclats. Le découpage garde l'image centrale et sa conclusion, mais laisse de côté ce développement intermédiaire. En semaine, les lectures suivent un parcours continu à travers un livre, ici la première lettre aux Corinthiens.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif de Tarse devenu, après une rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité, l'un des principaux prédicateurs chrétiens du premier siècle. Il a fondé la communauté de Corinthe et lui écrit depuis une autre ville pour répondre à ses questions.

Il argumente ici en maître, répondant à une objection sur la nature du corps ressuscité par une image agricole puis par une relecture des Écritures.

« Frères »

Les chrétiens de Corinthe, grand port de Grèce : un groupe mêlé, de cultures juive et grecque, où l'idée d'une survie de l'âme était plus recevable que celle d'un corps ressuscité.

Destinataires de la lettre ; leur scepticisme sur la résurrection des corps est ce à quoi Paul répond.

Celui qui pourrait objecter

Un interlocuteur fictif, procédé courant dans l'enseignement antique : l'auteur met dans la bouche d'un contradicteur imaginaire la question que ses lecteurs se posent.

Sa question, au début du passage, donne à Paul le point de départ de toute sa démonstration ; elle n'exprime pas la pensée de Paul mais celle qu'il veut corriger.

Adam

Dans les premiers chapitres du livre de la Genèse, le premier homme, façonné de la terre et animé par le souffle de Dieu. Son nom hébreu évoque le sol.

Il représente ici l'humanité telle qu'elle est : terrestre, fragile, mortelle.

Le Christ, « dernier Adam »

Jésus de Nazareth, mort et ressuscité, que Paul présente comme l'inaugurateur d'une humanité nouvelle.

Il est le terme de la comparaison : non pas un second exemplaire d'Adam, mais celui dont la condition de ressuscité devient la source et le modèle de la vie donnée aux autres.

Mots à connaître
Semer, la graine

L'image agricole était familière à tous ses lecteurs : le grain enfoui semble disparaître, et ce qui lève n'a pas l'apparence de ce qui a été mis en terre. L'analogie ne prouve rien à elle seule. Elle sert à rendre pensable une continuité réelle entre deux états très dissemblables.

« Pétri d'argile »

Allusion au récit de la Genèse où Dieu façonne l'homme à partir de la poussière du sol. Dans la Bible, la terre ou l'argile désigne la condition humaine : réelle, bonne, mais fragile et mortelle. Rien de péjoratif là-dedans, l'expression situe l'origine.

La gloire

Dans la Bible, la gloire n'est pas la célébrité mais le rayonnement de la présence de Dieu, sa splendeur manifestée. Dire qu'un corps ressuscite « dans la gloire », c'est dire qu'il est saisi et transfiguré par la vie même de Dieu.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« corps physique » / « corps spirituel »

Les deux expressions grecques opposent un corps animé par le seul souffle de vie naturel et un corps animé par l'Esprit de Dieu. Spirituel ne veut donc pas dire immatériel ou fantomatique, contrairement à ce que le mot français suggère aujourd'hui.

Ailleurs dans l’Écriture
Gn 2, 7 Ancien Testament

Paul cite ce verset de la Genèse, où l'homme façonné de la poussière du sol devient un être vivant par le souffle de Dieu. Il s'appuie sur le vocabulaire même du récit de création pour construire son opposition entre l'homme terrestre et le Christ. La suite du passage reprend l'idée de l'argile et de la terre directement de ce texte.

Rm 5, 12-21

Dans sa lettre aux Romains, Paul développe la même mise en parallèle d'Adam et du Christ, mais sous l'angle du péché et de la grâce : par l'un la mort est entrée, par l'autre vient la justification. Ici, l'opposition porte sur la condition corporelle, terrestre ou céleste. Les deux textes s'éclairent : même structure de pensée, applications différentes.

Ph 3, 20-21

Paul y annonce que le Christ transformera le corps humain, marqué par la faiblesse, pour le conformer à son corps de gloire. Les mots clés de notre passage (faiblesse, gloire, transformation) se retrouvent en une seule phrase ramassée. Preuve que pour Paul la résurrection n'est pas une évasion hors du corps mais sa transfiguration.

Gn 1, 26-27 Ancien Testament

La Genèse dit l'homme créé à l'image de Dieu. La dernière phrase du passage joue sur cette notion d'image : l'humanité porte l'image de l'homme terrestre et portera celle de l'homme céleste. Paul déplace ainsi vers l'avenir promis un thème fondateur de la création.

Clés de lecture
Deux questions, pas une

L'objecteur demande à la fois si la résurrection est concevable et sous quelle forme elle se produit. Paul ne discute plus le fait, traité dans les versets précédents ; il s'attache au mode. Son propos suppose donc acquise l'idée d'une résurrection, et cherche à en écarter les représentations grossières.

Ni retour à l'état d'avant, ni fuite hors du corps

L'image du grain écarte deux malentendus symétriques. La résurrection n'est pas la reprise de la vie antérieure, comme si l'on ressortait identique du tombeau ; elle n'est pas davantage l'abandon du corps au profit d'une âme désincarnée. Le sujet demeure, sa condition est bouleversée.

Quatre oppositions en rafale

Périssable et impérissable, sans honneur et dans la gloire, faible et puissant, physique et spirituel : la série est construite pour marteler un même écart. Les trois premières oppositions préparent la quatrième, qui porte le poids de l'argument et introduit la comparaison entre Adam et le Christ.

Adam et le Christ, deux commencements

Paul ne compare pas deux individus mais deux humanités et leur origine : l'une prend son départ dans la terre, l'autre dans le ciel, c'est-à-dire en Dieu. La logique est chronologique et non hiérarchique. Le terrestre vient d'abord, le spirituel après, ce qui vise peut-être des adversaires qui plaçaient déjà le spirituel au commencement.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul répond à une difficulté précise : la foi chrétienne n'annonce ni une réanimation de cadavres ni une survie sans corps, mais la transformation de l'homme tout entier par la puissance de Dieu. Le corps ressuscité reste un corps, mais entièrement habité et vivifié par l'Esprit de Dieu. C'est le sens de l'adjectif spirituel sous la plume de Paul, qui ne signifie pas immatériel.

La tradition catholique lit ici l'un des textes fondateurs de la foi en la résurrection de la chair, professée dans le Credo. Elle y voit aussi la source d'une lecture du Christ comme nouvel Adam : ce que la première humanité reçoit de la terre, la nouvelle le reçoit du Ressuscité, qui ne se contente pas de vivre mais donne la vie. Le sens moral en découle. Appelé à cette transfiguration, le corps humain n'est pas une enveloppe méprisable. Et l'ouverture vers les fins dernières est explicite : ce qui est promis n'est pas une survie diminuée mais une vie plus grande, dont le corps du Christ ressuscité est le modèle.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'un passage argumentatif : Paul raisonne, il ne raconte pas. Il emploie un procédé d'école bien connu dans l'Antiquité, l'objection mise dans la bouche d'un interlocuteur imaginaire, à laquelle il répond point par point.

Son outil principal est la comparaison, relayée par une série d'oppositions rythmées, presque scandées, qui donnent à ces lignes un balancement quasi poétique. À lire comme une démonstration, donc : on cherche la logique d'ensemble plutôt que de peser chaque mot isolément.

Qui écrit, et pour qui

La lettre est de Paul, écrite avec un collaborateur nommé Sosthène. Elle s'adresse à la communauté chrétienne de Corinthe, qu'il avait fondée quelques années plus tôt. Les historiens la situent généralement vers les années 54-57, probablement depuis Éphèse, en Asie mineure.

Une lettre apostolique de ce type n'est pas un traité : elle répond à des nouvelles reçues et à des questions posées, ce qui explique le ton direct et le passage d'un sujet à l'autre. Personne ne conteste que Paul en soit l'auteur. Les débats portent sur des points de détail, comme l'unité de composition ou l'identité exacte des opposants visés au chapitre 15.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 999 — Ce paragraphe part précisément de la question posée au début du passage pour exposer comment les morts ressuscitent.
  • Catéchisme, § 1017 — Il précise que l'espérance chrétienne porte sur la résurrection du corps, mais transformé.
  • Catéchisme, § 411 — Il explique la lecture du Christ comme nouvel Adam, dont ce passage est l'une des sources.
  • 1 Co 15, 12-14 — Rappelle l'objection corinthienne à laquelle tout le chapitre répond : certains niaient la résurrection des morts.
  • 1 Co 15, 53-55 — Conclusion du chapitre, où Paul reprend les mots du passage pour annoncer la défaite de la mort.

À retenir

Pour répondre à ceux qui jugeaient absurde la résurrection des corps, Paul recourt à l'image du grain semé : le même sujet, mais dans une condition transformée, dont le Christ ressuscité est à la fois le modèle et la source.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 55, 4 . 55, 5 . 55, 10 . 55, 11 . 55, 12 . 55, 13-14

4 Quand je suis dans la crainte, je me confie en toi.

5 Par le secours de Dieu, je célébrerai l’accomplissement de sa parole. Je me confie en Dieu, je ne crains rien : que peut me faire un faible mortel ?

10 Alors mes ennemis retourneront en arrière, au jour où je t’invoquerai ; je le sais, Dieu est pour moi.

11 Par le secours de Dieu, je célébrerai l’accomplissement de sa parole ; par le secours de Yahweh, je célébrerai l’accomplissement de sa promesse.

12 Je me confie en Dieu, je ne crains rien : Que peut me faire un faible mortel ?

13 Les vœux que je t’ai faits, ô Dieu, j’ai à les acquitter ; je t’offrirai des sacrifices d’actions de grâces.

14 Car tu as délivré mon âme de la mort, — n’as-tu pas préservé mes pieds de la chute ? — afin que je marche devant Dieu à la lumière des vivants.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 8, 4-15

« Ce qui est tombé dans la bonne terre, ce sont les gens qui retiennent la Parole et portent du fruit par leur persévérance »

4 Une grande foule s’étant amassée, et des gens étant venus à lui de diverses villes, Jésus dit en parabole :

5 « Le semeur sortit pour répandre sa semence ; et pendant qu’il semait, une partie tomba le long du chemin, et elle fut foulée aux pieds, et les oiseaux du ciel la mangèrent.

6 Une autre partie tomba sur la pierre, et, aussitôt levée, elle sécha, parce qu’elle n’avait pas d’humidité.

7 Une autre partie tomba parmi les épines, et les épines croissant avec elle l’étouffèrent.

8 Une autre partie tomba dans la bonne terre, et ayant levé, elle donna du fruit au centuple. » Parlant ainsi, il disait à haute voix : « Que celui qui a des oreilles entende bien. »

9 Ses disciples lui demandèrent ce que signifiait cette parabole :

10 « À vous, leur dit-il, il a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu, tandis qu’aux autres, [il est annoncé] en paraboles, de sorte qu’en voyant ils ne voient pas, et qu’en entendant ils ne comprennent pas.

11 Voici ce que signifie cette parabole : La semence, c’est la parole de Dieu.

12 Ceux qui sont le long du chemin, ce sont ceux qui entendent la parole ; mais ensuite le démon vient, et l’enlève de leur cœur, de peur qu’ils ne croient et ne soient sauvés.

13 Ceux en qui on sème sur la pierre, ce sont ceux qui, entendant la parole, la reçoivent avec joie ; mais ils n’ont pas de racine : ils croient pour un temps, et ils succombent à l’heure de la tentation.

14 Ce qui est tombé sur les épines, représente ceux qui, ayant entendu la parole, se laissent peu à peu étouffer par les soucis, les richesses et les plaisirs de la vie, et ils n’arrivent pas à maturité.

15 Enfin, ce qui est tombé dans la bonne terre, représente ceux qui, ayant entendu la parole avec un cœur bon et excellent, la gardent, et portent du fruit par la constance.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Nous sommes au cœur du ministère de Jésus en Galilée, cette région du nord où il a commencé à prêcher, et Luc vient justement de le montrer parcourant villes et villages avec les Douze et un groupe de femmes qui les accompagnent : l'afflux évoqué au début du passage prolonge directement cette scène.

Chez Luc, la parabole du semeur ouvre une petite série de paroles sur l'écoute. Vient ensuite l'image de la lampe qu'on ne cache pas, puis la déclaration de Jésus sur sa vraie famille : ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. L'épisode se clôt sur la tempête apaisée, qui fait basculer le récit vers une nouvelle série de miracles.

Le découpage retenu tient ensemble la parabole, la question des disciples sur son sens et l'explication donnée terrain par terrain. Un tout. En semaine, l'évangile suit une lecture continue de Luc, chapitre après chapitre.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Prédicateur itinérant de Galilée, que les évangiles présentent comme le Messie envoyé par Dieu. Luc le montre enseignant de ville en ville, suivi de foules nombreuses.

Il raconte une histoire de semailles devant la foule, puis en livre la signification à ses disciples seuls. Il se situe lui-même comme celui qui sème la parole de Dieu.

la grande foule

Des gens venus de plusieurs localités, sans engagement particulier envers Jésus : curieux, malades, sympathisants. Chez Luc, la foule est souvent favorable mais changeante.

Elle entend la parabole sans l'explication. Elle illustre concrètement la diversité des accueils que la parole peut rencontrer.

les disciples

Le cercle de ceux qui suivent Jésus, plus large que le groupe des douze apôtres. Ils l'accompagnent dans ses déplacements et reçoivent un enseignement plus détaillé.

Ils interrogent Jésus sur le sens de l'histoire. Leur question déclenche la seconde partie du passage, où chaque terrain reçoit une interprétation.

le semeur

Personnage de l'histoire racontée, figure ordinaire du monde rural galiléen. Il n'est pas nommé et n'a pas de traits individuels.

Son geste unique et prodigue structure tout le récit : la même semence est jetée partout, et c'est la terre qui fait la différence.

Mots à connaître
le semeur qui sort semer

En Palestine ancienne, on semait souvent avant de labourer, en jetant la semence à la volée sur un terrain non préparé. Rien d'étonnant, donc, à ce qu'une partie tombe sur un sentier tassé, sur une croûte rocheuse à peine recouverte de terre, ou dans des zones envahies de broussailles. L'image n'est pas celle d'un semeur maladroit mais d'une pratique courante.

le centuple

Un rendement de cent pour un dépasse très largement les rendements réels de l'agriculture antique. Le chiffre indique une fécondité extraordinaire, sans commune mesure avec ce qui a été semé.

le royaume de Dieu

Expression centrale de la prédication de Jésus : non pas un territoire, mais la souveraineté de Dieu qui s'établit dans le monde et dans les cœurs. Les « mystères » de ce royaume désignent la manière dont Dieu agit, qui ne se devine pas et doit être révélée.

« celui qui a des oreilles »

Formule d'appel courante dans l'enseignement de Jésus, qui signale que ce qui vient d'être dit demande un effort d'interprétation. Elle avertit l'auditeur : l'histoire n'est pas une simple anecdote agricole.

le diable

Dans le vocabulaire biblique, l'adversaire qui cherche à détourner l'homme de Dieu. Luc le présente ici comme celui qui arrache la parole entendue avant qu'elle prenne racine.

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 4, 1-20 même épisode, autre évangile

Marc raconte la même parabole dans un cadre plus précis : Jésus enseigne depuis une barque, au bord du lac. Il détaille davantage les obstacles (le soleil qui brûle, le peu de terre) et donne trois rendements croissants pour la bonne terre. Luc simplifie ces détails agricoles et ne retient qu'un rendement, concentrant l'attention sur l'accueil de la parole plutôt que sur la description du champ.

Mt 13, 1-23 même épisode, autre évangile

Matthieu insère cette parabole dans un grand discours qui en rassemble plusieurs, et développe longuement la citation d'Isaïe sur le peuple qui ne comprend pas. Luc conclut sur la persévérance, Matthieu sur l'intelligence de la parole entendue. Ces écarts ne sont pas des contradictions mais des accents rédactionnels propres à chaque évangéliste.

Is 6, 9-10 Ancien Testament

La formule sur ceux qui regardent sans voir vient du récit de la vocation du prophète Isaïe, envoyé à un peuple qui refusera de l'écouter. En la reprenant, Jésus inscrit l'incompréhension qui l'entoure dans une longue histoire : les prophètes se sont toujours heurtés à des oreilles fermées. Luc cite ce texte plus brièvement que Matthieu.

Lc 8, 21

Quelques versets plus loin, Jésus définit sa vraie famille comme ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. La proximité des deux passages n'a rien de fortuit : Luc les a rassemblés pour faire de l'écoute féconde le critère de l'appartenance à Jésus.

Clés de lecture
Une parabole, deux publics

Le passage distingue nettement la foule, qui reçoit l'image seule, et les disciples, à qui l'explication est donnée. Privilège arbitraire ? Non : c'est la proximité avec Jésus et la question posée qui ouvrent l'intelligence du récit. La parole reste offerte à tous, mais elle demande à être cherchée.

Le déplacement de l'attention

L'histoire racontée met en scène un semeur et sa semence ; l'explication, elle, parle de terrains, c'est-à-dire de personnes. Le sujet réel n'est pas l'échec de la semence mais la diversité des façons dont une même parole est reçue. Chaque terrain correspond à un obstacle précis : l'arrachement, l'absence de racines, l'étouffement.

L'accent propre à Luc : la durée

Là où Marc et Matthieu concluent sur le rendement, Luc termine sur la persévérance et sur un cœur qualifié de bon et généreux. Il ajoute aussi que les croyants sans racines tiennent « un moment » seulement. Son intérêt porte sur la fidélité dans le temps, question vive pour des communautés chrétiennes déjà installées dans la durée.

Une parole d'encouragement, pas de menace

Trois terrains sur quatre échouent, mais le récit s'achève sur une fécondité démesurée. Le texte fonctionne par contraste : quels que soient les échecs apparents de la prédication, le résultat final dépasse ce qui a été semé.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus explique à ses disciples pourquoi sa prédication rencontre tant d'indifférence et d'abandons, sans y voir un échec : la semence donne malgré tout un fruit hors de proportion. La parabole enseigne d'abord quelque chose sur la condition de la parole de Dieu dans le monde.

La tradition catholique y lit ensuite une clé pour la vie chrétienne. Le Christ est celui qui sème, l'Église continue ce semis par la prédication et les sacrements, et chaque auditeur est invité à reconnaître en lui les terrains décrits. Les obstacles nommés, la dispersion, l'enthousiasme sans profondeur, les soucis et la richesse, sont reçus comme un examen de conscience plutôt que comme une fatalité, puisqu'une terre peut être travaillée. L'insistance finale sur la persévérance a nourri la conviction que la fécondité spirituelle se mesure dans la durée, pas à l'élan initial.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est une parabole : une histoire brève, tirée de la vie ordinaire, qui fait comprendre autrement qu'un exposé. Elle ne décrit aucun événement réel. Elle propose une comparaison qui oblige l'auditeur à se situer.

Particularité ici : le passage joint à la parabole son explication détaillée, ce qui est rare. Le texte fonctionne en deux temps, image puis déchiffrage, et il faut lire les deux ensemble sans chercher un sens caché à chaque détail de l'histoire.

Qui écrit, et pour qui

La tradition attribue l'évangile selon Luc à un compagnon de l'apôtre Paul, médecin, vraisemblablement d'origine non juive. Il écrit pour des chrétiens de culture grecque et se présente lui-même comme une enquête ordonnée à partir de témoignages reçus.

La plupart des chercheurs situent la rédaction dans les années 80 environ, sans certitude ; l'auteur travaille à partir de sources écrites et orales antérieures, dont l'évangile de Marc. Luc a également écrit les Actes des Apôtres, qui prolongent son récit après la résurrection.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 546 — Sur la manière dont Jésus enseigne par paraboles et demande une conversion du cœur pour y entrer.
  • Lc 11, 28 — Jésus y déclare heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et la gardent, écho direct du dernier terrain.
  • Is 55, 10-11 — La parole de Dieu y est comparée à la pluie qui ne revient pas sans avoir fait germer la terre.
  • Catéchisme, § 2707 — Sur la méditation de la Parole, qui cherche à la faire porter du fruit dans la vie.

À retenir

La semence, elle, ne change jamais. La parabole porte sur les quatre manières dont une parole entendue peut être arrachée, se dessécher, être étouffée, ou tenir dans la durée.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

Théophile

Notre-Seigneur accomplit ici ce qu’avait prédit David, qui était la figure du Christ (cf. Mt 13, 35) : « J’ouvrirai ma bouche pour parler en paraboles : » (Ps 77.) « Or, comme le peuple s’assemblait en foule et se pressait de sortir des villes pour venir à lui, il leur dit en paraboles. » Le Sauveur parle en paraboles, pour rendre ceux qui l’écoutent plus attentifs, car les hommes aiment à exercer leur intelligence sur les choses obscures, et dédaignent au contraire celles qui sont trop claires et trop faciles ; secondement, afin que son langage demeurât inintelligible pour ceux qui étaient indignes de le comprendre.

Origène

(Ch. des Pèr. gr.) Aussi est-ce avec une intention marquée que l’Évangéliste dit : « Comme le peuple s’assemblait en foule et se pressait de sortir des villes, » etc. Car ce n’est point la multitude, mais le petit nombre qui marchent dans la voie étroite, et qui trouvent le chemin qui conduit à la vie, c’est pour cette raison que saint Matthieu fait remarquer qu’il enseignait au dehors en paraboles, et que, rentré dans la maison, il expliquait la parabole à ses disciples.

Eusèbe

Remarquez la convenance de cette première parabole que Jésus propose à la multitude, non seulement de ceux qui étaient présents, mais encore de tous ceux qui devaient venir après eux, et comme il excite vivement leur attention par ces premières paroles : « Celui qui sème sortit pour semer. »

Bède

À nul autre ne convient mieux cette qualité de semeur qu’au Fils de Dieu, qui est sorti du sein de son Père (inaccessible à toute créature), pour venir en ce monde rendre témoignage à la vérité (Jn 19).

32 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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