Les sadducéens
Les sadducéens formaient un groupe influent de l'aristocratie de Jérusalem, lié au Temple et aux grandes familles de prêtres. Ils se distinguaient des pharisiens sur un point que les évangiles soulignent : ils ne croyaient pas à la résurrection des morts.
À ne pas confondre
Ne pas les confondre avec les pharisiens, souvent cités dans la même phrase mais qui sont un autre groupe : les pharisiens étaient des laïcs pieux attachés à l'observance minutieuse de la Loi et à la tradition orale, et ils croyaient à la résurrection des morts, aux anges et aux esprits — précisément ce que les sadducéens refusaient. Les deux groupes s'opposent à Jésus en plusieurs endroits, mais pour des raisons différentes, et ils s'opposent aussi entre eux.
Ne pas les confondre non plus avec les scribes, qui ne sont pas un parti mais un métier — des spécialistes des Écritures, le plus souvent proches des pharisiens — ni avec les hérodiens, partisans de la famille d'Hérode, ni avec les esséniens, un autre courant juif que les évangiles ne mentionnent jamais.
Qui c'est
Les sadducéens sont un des courants du judaïsme au temps de Jésus, aux côtés des pharisiens. C'était le milieu des grandes familles sacerdotales de Jérusalem : des prêtres, des notables, des propriétaires, très liés au Temple et à son fonctionnement. Leur nom vient probablement de Sadoq, le grand prêtre de l'époque du roi David et du roi Salomon, dont ils se réclamaient.
Socialement, c'était un groupe restreint et puissant, plutôt conciliant avec l'occupant romain, dont dépendait la stabilité du Temple. On dit d'eux qu'ils s'en tenaient étroitement aux cinq premiers livres de la Bible, la Loi de Moïse, et qu'ils refusaient les traditions orales que les pharisiens tenaient pour aussi contraignantes que le texte écrit.
Leur histoire s'arrête brutalement : quand les Romains détruisent le Temple de Jérusalem en 70 après Jésus-Christ, le groupe perd sa raison d'être et disparaît. Nous ne connaissons donc leurs positions que par ce qu'en disent leurs adversaires ou des auteurs extérieurs, jamais par leurs propres écrits.
Dans les évangiles
Ils apparaissent peu, et presque toujours de l'extérieur. L'évangile selon Matthieu les mentionne le plus souvent : Jean Baptiste voit venir à lui « des pharisiens et des sadducéens » et les apostrophe rudement (Mt 3, 7) ; plus tard, ils demandent avec les pharisiens un signe venu du ciel, et Jésus met ses disciples en garde contre « le levain des pharisiens et des sadducéens », c'est-à-dire contre leur enseignement (Mt 16, 1-12).
La scène décisive est commune à Matthieu, Marc et Luc : des sadducéens viennent poser à Jésus une question destinée à ridiculiser la foi en la résurrection. Une femme a épousé successivement sept frères ; de qui sera-t-elle l'épouse à la résurrection ? Les trois récits précisent expressément que les sadducéens « disent qu'il n'y a pas de résurrection » (Mc 12, 18). Jésus leur répond que les ressuscités seront « comme des anges dans le ciel », puis il les renvoie à leur propre terrain, le livre de l'Exode : Dieu s'y dit le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et « il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants ».
L'évangile selon Jean ne les nomme jamais ; il parle des « grands prêtres », qui appartenaient largement à ce milieu. Après les évangiles, le livre des Actes des Apôtres les montre irrités que les apôtres annoncent la résurrection (Ac 4, 1-2), et raconte comment Paul, comparaissant devant le tribunal juif, divise l'assemblée en se déclarant pharisien et en invoquant la résurrection : les pharisiens y croient, les sadducéens n'y croient pas (Ac 23, 6-10).
Ce que la tradition en retient
La tradition chrétienne a surtout retenu d'eux la scène de la question sur la résurrection, lue comme un des textes où Jésus affirme le plus nettement que les morts ressusciteront, et où il fonde cette affirmation sur la Loi elle-même plutôt que sur une argumentation nouvelle.
Les sadducéens sont aussi devenus, dans la prédication, la figure d'une religion réduite à l'institution et fermée à l'espérance. Cette lecture typée est postérieure aux évangiles : les textes eux-mêmes n'en dressent pas de portrait détaillé et ne disent rien de leur vie intérieure. Il faut y ajouter une précaution : ce groupe restreint ne représentait pas le judaïsme de son temps, dont il n'était qu'un courant parmi d'autres.
Passages à lire
- Mc 12, 18-27 — Le récit le plus net : des sadducéens, « qui disent qu'il n'y a pas de résurrection », interrogent Jésus sur la femme aux sept maris.
- Mt 22, 23-33 — La même scène chez Matthieu, avec la réponse de Jésus : Dieu « n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants ».
- Lc 20, 27-40 — La version de Luc, où des scribes reconnaissent que Jésus a bien répondu.
- Mt 16, 1-12 — Pharisiens et sadducéens réclament ensemble un signe ; Jésus met en garde contre leur enseignement.
- Mt 3, 7 — Jean Baptiste apostrophe les pharisiens et les sadducéens venus à lui.
- Ac 23, 6-10 — Le texte qui explicite le mieux la ligne de fracture : les sadducéens nient la résurrection, les anges et les esprits, les pharisiens les admettent.
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