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comprendrelamesse.fr

Pistes de sermon

Des angles d’attaque pour préparer, à partir des lectures du jour. Ce ne sont pas des homélies : vous connaissez votre assemblée, pas ce site.

lundi 19 octobre 2026

S. Jean de Brébeuf et S. Isaac Jogues, prêtres, et leurs compagnons, martyrs. Mémoire facultative

Voir les textes et leur analyse

Ce qui relie les lectures

Jour de semaine : la lecture d'Éphésiens et l'évangile de Luc suivent chacun leur parcours, et aucun lien n'a été voulu par le lectionnaire. Mais la rencontre est réelle et vaut d'être exploitée : Paul dit que le salut est reçu, qu'il ne vient pas de nos actes et que personne ne peut en tirer orgueil ; Luc montre un homme qui croit avoir mis sa vie en sûreté par ce qu'il a produit. Le même verbe revient de part et d'autre, sous deux formes : être vivant parce qu'on a été ressuscité avec le Christ, ou se croire vivant parce qu'on a rempli ses greniers. Si tu prêches sur les deux, pose-le comme un écho, pas comme une démonstration. La mémoire facultative des martyrs jésuites de Nouvelle-France offre un contrepoint tout trouvé : des hommes qui n'avaient rien accumulé et qui ont été, eux, riches en vue de Dieu.

Par où commencer

Une succession. Un notaire, une maison de famille, deux frères qui se sont parlé normalement jusqu'au jour de l'inventaire. Trois ans plus tard ils ne se saluent plus aux enterrements. Et chacun des deux est persuadé d'avoir raison — probablement que chacun a effectivement raison sur un point ou deux.

Piste 1 Jésus refuse de trancher, et ce refus est la vraie réponse

L'homme qui interpelle Jésus a de bonnes raisons de le faire : la Loi réglait précisément les questions d'héritage, et un maître reconnu était normalement celui vers qui l'on se tournait pour arbitrer ces litiges. Jésus aurait pu répondre, et peut-être même donner raison au demandeur. Son refus n'est pas un désintérêt pour la justice : c'est le diagnostic que le problème n'est pas là. Ce frère ne demande pas la paix avec son frère, il demande un allié contre lui. Jésus voit que le partage, même équitable, ne guérira pas ce qui est déjà cassé — et il s'adresse alors à toute la foule, comme s'il savait que tout le monde avait ce procès-là quelque part.

Dans le texte

La question posée au début du passage est une demande d'arbitrage parfaitement recevable en droit juif, et Jésus la renvoie par une autre question qui met en cause sa propre légitimité. Puis il élargit brusquement : il quitte l'homme pour parler à tous. Ce glissement est le pivot du passage.

Où ça atterrit

Beaucoup, dans l'assemblée, ont une affaire de ce genre en cours ou enterrée : un terrain, une assurance-vie, des meubles, une phrase dite au moment de la maladie du père. On cherche quelqu'un qui dira qu'on avait raison : le conjoint, le cousin, parfois le prêtre. Cette semaine, on peut faire une chose précise : cesser de raconter l'affaire à ceux dont on sait qu'ils donneront raison, et écrire ou téléphoner directement à celui à qui on ne parle plus — non pour régler le litige, mais pour dire qu'on ne veut pas mourir fâché. Ce n'est pas de la diplomatie familiale : c'est reconnaître qu'on a été réconciliés avec Dieu sans l'avoir mérité, et qu'on ne peut pas garder pour soi un traitement qu'on n'a pas subi.

L’écueil

Ne pas conclure que les questions de justice successorale sont méprisables ou que réclamer son dû est forcément de l'avidité : Jésus ne dit pas que le demandeur a tort sur le fond, il dit qu'il se trompe d'urgence.

Piste 2 Un homme qui n'a plus personne à qui parler

Relis la parabole en comptant les pronoms : le riche se parle à lui-même du début à la fin, il se pose des questions et il y répond, il se promet des années et se souhaite du bon temps. Dans toute la scène, il n'y a pas un seul autre être humain — ni ouvrier, ni femme, ni enfant, ni voisin, ni pauvre. Sa richesse ne l'a pas rendu méchant, elle l'a rendu seul. Et la seule voix qui rompt ce soliloque est celle de Dieu, qui le tutoie et le nomme insensé. Le drame n'est pas qu'il ait trop, c'est que son monde intérieur se soit refermé sur un unique interlocuteur : lui-même.

Dans le texte

Le monologue intérieur occupe presque tout le récit, avec une délibération, une décision, puis un discours que l'homme s'adresse à lui-même. L'irruption de la parole de Dieu casse ce circuit fermé, et la dernière question du passage introduit enfin un autre : celui qui héritera.

Où ça atterrit

On peut faire ce test chez soi : quand j'ai pris ma dernière décision importante — un achat, un déménagement, un changement de travail —, à qui en ai-je parlé avant de décider ? Si la réponse est « à personne », ou « seulement pour annoncer », la parabole est déjà en train de se jouer. Concrètement : avant la prochaine décision de ce genre, en parler à quelqu'un qui n'y a pas intérêt, et la porter à la prière une fois, honnêtement, en acceptant que la réponse puisse déranger. Et vérifier qu'il reste dans la semaine au moins une personne à qui l'on donne du temps sans contrepartie.

L’écueil

Éviter de transformer cela en psychologie de la solitude : le riche n'est pas plaint par Jésus comme une victime de l'isolement, il est appelé insensé parce qu'il a confondu sa vie avec son bilan.

Piste 3 « Par grâce » ne veut pas dire « sans rien faire »

Paul coupe net les deux issues faciles. D'un côté : rien de ce que nous sommes devant Dieu ne vient de nos performances, il n'y a pas de compte à créditer, personne ne peut en tirer orgueil. De l'autre, dans la même phrase : nous sommes faits pour des œuvres bonnes qui sont déjà préparées, qui nous attendent. Autrement dit l'agir chrétien n'est pas la monnaie d'achat du salut, il en est le mode d'emploi. C'est exactement l'inverse de la logique du riche de Luc, qui produit pour se garantir : le croyant a d'abord été garanti, et c'est pour cela qu'il produit.

Dans le texte

La lecture d'Éphésiens enchaîne sans transition l'affirmation que le salut ne vient pas des actes et celle que nous sommes créés en vue d'œuvres bonnes préparées d'avance. Cette juxtaposition, qui semble contradictoire, est tout le nerf du passage.

Où ça atterrit

Cela touche directement ceux qui vivent leur foi comme une comptabilité anxieuse : la messe manquée qui hante, le chapelet rattrapé, la peur sourde de n'en avoir jamais fait assez. À ceux-là, la phrase de Paul est à dire sans adoucissement : c'est déjà donné. Et cela touche aussi ceux qui en concluent qu'il n'y a donc rien à faire : la visite à la voisine hospitalisée est déjà préparée pour vous, elle attend, elle n'achète rien du tout, elle est simplement ce pour quoi vous avez été refaits vivants. Un geste pour cette semaine : choisir une seule de ces œuvres qui attendent — l'appel, la visite, l'engagement qu'on diffère — et la poser sans la compter.

L’écueil

Ne pas glisser vers un « tout est déjà fait, le reste est facultatif » : Paul dit que les œuvres sont préparées pour que nous les pratiquions, pas pour que nous les admirions.

Piste 4 « Cette nuit même » : la seule échéance que personne ne négocie

Le riche raisonne en années ; Dieu répond en heures. Ce n'est pas une menace pour faire peur, c'est une mise à l'heure exacte. Nos projets ne sont faux que par un point : ils supposent toujours du temps devant. La mémoire des martyrs de ce jour, ces jésuites morts en Nouvelle-France, donne le contraste : des hommes sans greniers, dont la vie a été redemandée brutalement, et dont on célèbre précisément ce qu'ils n'avaient pas accumulé. Être riche en vue de Dieu, ce n'est pas remplir un autre grenier, céleste celui-là : c'est vivre d'une vie qu'on sait reçue et donc remise.

Dans le texte

Le renversement du passage tient dans le décalage entre les nombreuses années que l'homme s'accorde et la nuit que Dieu lui annonce. La dernière question du récit — à qui ira tout cela — ne reçoit pas de réponse, et ce silence fait partie du texte.

Où ça atterrit

Il y a des choses qu'on remet parce qu'on croit avoir le temps : dire à son père qu'on l'aime, demander pardon à quelqu'un pour une parole d'il y a dix ans, se confesser, régler une dette ancienne. L'invitation n'est pas de vivre dans l'angoisse de mourir, mais de retirer une seule chose de la pile des « plus tard » et de la faire avant dimanche prochain. Beaucoup découvrent aux obsèques d'un proche la liste de ce qu'ils auraient pu faire en cinq minutes. Le chrétien sait que sa vie lui est redemandée par quelqu'un qui l'a d'abord donnée, et c'est cela qui rend l'urgence habitable au lieu de la rendre écrasante.

L’écueil

Ne pas prêcher la mort comme un chantage, ni laisser entendre qu'une mort subite serait un châtiment : le texte dit la fragilité de tous, pas la punition d'un seul.

Ce qu’il vaut mieux ne pas dire

Ne pas faire de cet homme un escroc. Le texte dit que son domaine a bien rapporté, pas qu'il a volé, fraudé ou exploité ses ouvriers. Si l'on décale la parabole vers la dénonciation de l'injustice économique, on se donne une cible commode et l'assemblée se met à l'abri derrière elle : ce qui est visé, c'est le repli sur soi d'un homme honnête, et cela concerne tout le monde dans la nef.

Ne pas condamner l'épargne, l'assurance ou la prévoyance. Préparer sa retraite, mettre de côté pour ses enfants, entretenir sa maison, ce n'est pas l'avidité dont Jésus parle. Le déraisonnable, dans la parabole, n'est pas de bâtir des greniers, c'est de croire que les greniers tiennent lieu de vie et qu'ils dispensent d'avoir quelqu'un devant soi.

Avec Éphésiens, éviter deux dérapages : le ton de l'accusation sur le vocabulaire de la chair et de la colère, qui ferait entendre un Dieu courroucé alors que tout le mouvement du passage va vers la miséricorde ; et la polémique confessionnelle sur la foi et les œuvres, qui n'a rien à faire ici, d'autant que Paul tient lui-même les deux dans la même phrase. Enfin, ne pas vendre les martyrs du jour comme des héros d'aventure missionnaire : ce qu'on célèbre est une mort reçue, pas un exploit accompli.

Pour préparer

  • Qo 2, 18-21 — La question de celui qui ne sait pas à qui ira le fruit de son travail est déjà posée par Qohéleth, dont la parabole reprend l'accent.
  • 1 Tm 6, 17-19 — Indique positivement en quoi consiste la richesse en vue de Dieu, là où Luc laisse la formule ouverte.
  • Catéchisme, § 1996 — Formule la gratuité de la grâce exactement dans les termes qu'Éphésiens met en avant.
  • Catéchisme, § 2536 — Précise ce que vise le commandement sur la convoitise : non la possession, mais le désir désordonné de ce qui n'est pas à soi.

Ces pistes sont produites par une intelligence artificielle. Vérifiez toute référence avant de la citer, et méfiez-vous des exemples : ce qui ressemble à une anecdote vécue n’en est pas une. Rien ici ne remplace votre propre travail sur le texte.