Le Sanhédrin
Le Sanhédrin est le grand conseil de Jérusalem, la plus haute instance juive du temps de Jésus : une assemblée de prêtres, de notables et de spécialistes de la Loi, présidée par le grand prêtre. C'est devant lui que Jésus comparaît la nuit de son arrestation.
À ne pas confondre
Ne pas confondre le Sanhédrin avec la synagogue : la synagogue est le lieu de réunion et de prière d'une communauté locale, le Sanhédrin est une instance de gouvernement et de jugement, unique et située à Jérusalem. Ne pas le confondre non plus avec les seuls pharisiens : le conseil réunit des groupes rivaux, sadducéens et pharisiens, dont Paul exploitera plus tard le désaccord devant eux. Enfin, « les grands prêtres » au pluriel désigne une catégorie de responsables du Temple, à distinguer du grand prêtre en exercice, Caïphe, qui préside. Le conseil ne se confond pas davantage avec le peuple juif dans son ensemble : c'est une instance dirigeante, et les évangiles eux-mêmes signalent en son sein des voix discordantes.
Qui c'est
Le mot vient du grec synedrion, qui signifie simplement « assemblée » ou « conseil » ; les traductions françaises le rendent tantôt par « Sanhédrin », tantôt par « le grand conseil » ou « le conseil ». Il siège à Jérusalem et fait autorité sur les affaires juives de la Judée au Ier siècle.
Selon les sources juives postérieures aux évangiles, il comptait soixante et onze membres et était présidé par le grand prêtre en fonction — Caïphe à l'époque de Jésus. Les évangiles, eux, ne donnent jamais de chiffre : ils décrivent le conseil par ses trois composantes, « les grands prêtres, les anciens et les scribes ». Les grands prêtres sont les membres des grandes familles sacerdotales, majoritairement de sensibilité sadducéenne ; les anciens sont les chefs des familles notables de Jérusalem ; les scribes sont les hommes formés à l'étude de la Loi, souvent pharisiens.
Sous l'occupation romaine, ses pouvoirs sont réels mais bornés. Le Sanhédrin administre la vie religieuse, tranche les questions de Loi, juge, condamne, fait arrêter et fouetter. Mais la peine capitale relève du gouverneur romain : c'est ce que rappelle la phrase adressée à Pilate dans l'évangile de Jean, « il ne nous est pas permis de mettre quelqu'un à mort ». Cela explique pourquoi Jésus, jugé par le conseil, est ensuite conduit devant l'autorité romaine.
Dans les évangiles
Le conseil apparaît d'abord en creux : Jésus annonce à plusieurs reprises qu'il sera livré « aux grands prêtres et aux scribes », qui le condamneront.
Dans l'évangile de Jean, après la résurrection de Lazare, les grands prêtres et les pharisiens réunissent le conseil et décident la mort de Jésus ; Caïphe y déclare qu'il vaut mieux qu'un seul homme meure pour le peuple.
Le moment central est la comparution après l'arrestation. Marc et Matthieu décrivent une séance nocturne chez le grand prêtre où des témoignages sont cherchés sans concorder, jusqu'à la question directe posée à Jésus sur son identité ; sa réponse est jugée blasphématoire et il est déclaré passible de mort. Luc situe la séance au petit matin. Jean ne raconte pas de procès formel, mais un interrogatoire chez Anne puis chez Caïphe.
Le conseil n'est pas présenté comme unanime. Nicodème, décrit comme un chef des Juifs et un pharisien, prend la défense de Jésus au nom de la procédure. Joseph d'Arimathie est dit membre éminent du conseil, et Luc précise qu'il n'avait pas donné son accord à la décision prise. C'est lui qui obtient de Pilate le corps de Jésus.
Dans les Actes des Apôtres, le même conseil interroge Pierre et Jean, écoute le pharisien Gamaliel conseiller la prudence, juge Étienne, puis Paul.
Ce que la tradition en retient
La tradition chrétienne a lu la comparution devant le conseil comme le premier des deux procès de la Passion, le procès religieux précédant le procès romain devant Pilate. Elle a retenu Nicodème et Joseph d'Arimathie comme les figures de ceux qui, à l'intérieur même de l'institution, n'ont pas suivi la décision commune ; l'un et l'autre sont vénérés comme saints, ce que les évangiles ne disent évidemment pas.
L'Église catholique enseigne aujourd'hui qu'on ne peut imputer la mort de Jésus ni à l'ensemble des Juifs de ce temps, ni aux Juifs des siècles suivants : les récits mettent en cause des responsables identifiés, non un peuple. Ce point est important, car une lecture rapide des évangiles a longtemps servi de prétexte à l'antijudaïsme.
Passages à lire
- Mc 14, 53-65 — La comparution de Jésus devant le grand prêtre, les anciens, les scribes et tout le Sanhédrin.
- Lc 22, 66-71 — Luc situe la séance au lever du jour et nomme explicitement l'assemblée : « leur Sanhédrin ».
- Jn 11, 47-53 — Le conseil se réunit après la résurrection de Lazare et décide la mort de Jésus.
- Jn 18, 31 — La phrase qui montre la limite de ses pouvoirs sous l'occupation : la mise à mort ne lui appartient pas.
- Lc 23, 50-53 — Joseph d'Arimathie, membre du conseil, n'a pas approuvé la décision et ensevelit Jésus.
- Ac 23, 6-10 — Devant le conseil, Paul révèle la fracture interne entre sadducéens et pharisiens.
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